Je me souviens, il y a quelques années, un passant de porte-à-porte propageant sa bonne nouvelle religieuse cogna chez moi. Quand j’ouvris, il me demanda si je trouvais que tout allait de plus en plus mal dans le monde. Bien sûr, il s’attendait que j’acquiesce en renchérissant sur les meurtres, les tremblements de terre, les sécheresses, les guerres et les famines. Mais je lui répondis que non, je ne croyais pas. Au contraire, je lui dis que je pensais que les choses allaient en s’améliorant. Il n’y a pas plus de 5000 ans, les gens mourraient d’une carie et l’espérance de vie était de 30 ans. Les humains étaient souvent la proie des grands prédateurs et les maladies faisaient des ravages douloureux. Mais on a quand même réussi à inventer la sédentarité, les cités, l’agriculture, le commerce, les gouvernements, l’écriture, l’imprimerie, l’école, les antidouleurs, la méthode scientifique, l’industrialisation, les antibiotiques, le téléphone, la radio, la télévision, internet… et on ne fait que débuter. On ne tremble plus devant la foudre ou un volcan déifié, on s’émerveille plutôt devant ce grandiose spectacle de la nature. On est passé d’une vision égocentrique, arrogante et infantile du monde à une vision humble et inspirante de la réalité physique, biologique et psychologique.
Le moment où un Cro-Magnon tenta de saisir cette boule de lumière dans le ciel et l’instant où l’humanité posa le pied sur la lune ne sont séparés que de 50 000 ans. Nous avons fait une formidable progression et c’est loin d’être terminé. L’aventure ne fait que commencer et nous sommes voués à un âge d’or. Bien sûr, il y a des fluctuations statistiques où on peut reculer un peu ou ralentir notre progrès comme l’époque médiévale où l’église a freiné l’avancement de l’occident pendant 1000 ans, ou une guerre qui nous a fait reculer de 50 ans, ou l’élection d’un président de 10 ans, mais ce ne sont que des anomalies localisées et passagères. Quand on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, tout semble aller mal en effet. Mais quand on prend du recul et qu’on élargit sa perspective, alors on devient optimiste, car l’humanité, ultimement, progresse.
Il y eut un moment de silence. Puis je crois qu’il accrocha sur l’aspect « religion » de ma réponse. Il me demanda si je croyais en Dieu. Je lui demandai lequel. Hésitant (et un peu surpris), il me répondit « bien, Dieu! Le seul Vrai Dieu, le Dieu tel que révélé dans la Bible ». Je lui dis que non, je n’étais pas superstitieux. Mais que j’étais tout ouvert à l’entendre pour m’en convaincre et que lors de cette discussion, j’allais être aussi sincère et honnête que possible dans mes questions, mais qu’il y avait cependant un danger… Il me demanda quel était ce danger. Je répondis que dans le processus de mes questions, il était possible que s’il tentait de me répondre aussi honnêtement et sincèrement que le seraient mes questions, il risquait de perdre la foi.
Un autre moment de silence. Il détourna les yeux, me salua et descendit les marches.
Dans de telles discussions, je pose des questions, je veux savoir. Je tente de ne pas être confrontatif. Je cherche à comprendre. Je cherche à comprendre l’être humain devant moi, ce qu’il pense, ce à quoi il croit, et pourquoi. Quand je constate une inconsistance, je questionne tant qu’elle n’est pas réglée. Et quand je me frappe à un « C’est ainsi », je relance du fameux « Pourquoi? » Un peu comme un enfant. Je pense que des questions peuvent faire craquer la coquille des religions. Il faut seulement que la question vienne de l’intérieur de la coquille et soit sincère. Les croyances religieuses ont tendance à s’effondrer devant un sincère auto-questionnement de leur souteneur. Et si, justement, dans un dialogue sincère et vrai, les questions ainsi posées à un croyant deviennent siennes…
Je veux bien être converti. Si c’est réciproque.
Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner.
On a tout entendu.
C’est un complot des dirigeants planétaires pour réduire la population mondiale en nous tuant via un vaccin.
C’est Donald Rumsfeld qui a tout manigancé pour devenir riche.
Le vaccin n’est pas efficace.
Le vaccin n’est pas testé.
Le vaccin est dangereux.
Les effets secondaires sont inacceptables (paralysie, etc.).
Le Dr. Zaffran (alias Martin Winckler) a raison.
Crèvecoeur dit vrai.
Bref, on a toute la panoplie.
J’en ai marre et je jette un pavé dedans moi aussi.
Pour mieux comprendre la décision des gouvernements face au H1N1, je me permets un bref retour à notre histoire récente afin d’aligner quelques faits.
Il y a eu une pandémie H1N1 au début du siècle. Entre mars 1918 et juin 1920 il y a eu le tiers de la population planétaire de l’époque a été infecté par le virus. Il y a eu entre 50 et 100 millions de morts. Essayez d’imaginer, entre 50 et 100 millions de morts.
On parle depuis des années de la possibilité d’une pandémie comme au début du siècle. L’immunisation de la population face au virus grippal A(H1N1) a sérieusement diminué. Ceux qui sont nés après 1950 ne sont pas nécessairement immunisés puisqu’ils n’ont pas été directement exposés au virus. Et cette tranche de la population compose la plus grande partie de la population active – le baby-boom et son écho.
La grande majorité de la population mondiale habite le nord de l’hémisphère.
Un virus résiste mal à la haute température. C’est d’ailleurs pourquoi le corps hausse sa température pour combattre un virus – on appelle ceci la fièvre. C’est d’ailleurs pourquoi il y a plus de grippes en hiver qu’en été. L’été il fait trop chaud et le virus peut difficilement survivre.
L’hémisphère nord de la planète se refroidit en automne et en hiver. La majeure partie de la population mondiale passe donc en mode hivernal en octobre/novembre/décembre/janvier/février et devient par conséquent plus susceptible à l’infection grippale. C’est d’ailleurs pourquoi on a observé une première vague en mars 1918 qui a fait peu de morts. Le virus a commencé son œuvre au printemps, a été stoppé pendant l’été et a explosé à la fin de l’automne.
Un des facteurs qui a aidé la propagation du virus en 1918 fut le retour de la Première Guerre. Ceci a permis de largement distribuer l’infection virale et à augmenter le taux de mutation – plus il y a propagation, plus grandes sont les chances de mutation.
Depuis 10 ans, l’économie est mondialisée; les transports et le mouvement des individus dépassent grandement la mobilité observée au début du siècle, même en considérant les mouvements de troupes de la guerre.
Est-ce que vous commencez à voir une situation se développer? On a les ingrédients pour un « perfect storm ».
Maintenant, ajoutons quelques autres faits.
On vient de passer à travers la pire crise économique des 50 dernières années. Imaginez un pourcentage élevé de la population active touché pendant plusieurs jours par une incapacité de produire et ceci, étalé sur plusieurs semaines voire quelques mois. Les effets économiques sont probablement importants aux yeux de nos politiciens favoris pour lesquels nous votons.
Souvenez-vous, il y a quelques années, le scandale de la croix rouge. On disait que les responsables savaient que le sang était contaminé et qu’ils n’ont rien fait. Qu’ils ont même tenté d’étouffer l’affaire. Des poursuites criminelles s’en sont suivi. Certains pays ont même des lois responsabilisant les dirigeants des ONG.
Mettez-vous à la place des responsables gouvernementaux.
Aimeriez-vous être ministre de la Santé publique et avoir sur les bras des milliers de morts en n’ayant rien fait pour prévenir une propagation virale? Imaginez les poursuites légales contre les gouvernements et les responsables si un pays n’achète pas assez de vaccins ou ne sonne pas le signal d’alarme. Même si la pandémie devait de loin être insignifiante face à celle du début du siècle, les dirigeants ne peuvent rester les bras croisés et attendre de voir ce qu’il va se passer.
C’est pourquoi on entend tant parler de ce fichu A(H1N1). C’est pourquoi on a acheté 50 millions de doses au Canada. C’est pourquoi il va y avoir des campagnes de vaccination, peu importe le prix. Les lois et notre histoire récente font que le gouvernement se protège.
Dans tout ceci, je n’ai parlé en rien de la validité scientifique de la vaccination en général ni du fait qu’un vaccin présente statistiquement des effets secondaires dramatiquement moins importants que le virus qu’il combat. Ici, j’utilise le mot « statistiquement » car il y aura toujours des cas isolés, anecdotique quoique dramatique, où on confond corrélation et causalité, où, dans les rares cas où il y a causalité, « shit happens ». Si on vaccine 100 000 personnes, 50 000 n’auraient pas eu la grippe, 45 000 l’aurait eu et auraient passé à travers sans problème, 4000 en aurait été sérieusement affectés, mais ne le seront pas, 999 en seraient morts, mais ne le seront pas et 1 aurait subi des effets secondaires pas vraiment pas enviables…
Pour cet individu qui est victime des effets secondaires, c’est clair que le vaccin est pas jojo. Mais les 999 qui seraient morts et qui ne le seront pas (de cette cause immédiate) parce qu’ils ont été vaccinés, ça a valu la peine. Mais, encore une fois, ils ne le sauront jamais.
Alors, on a le choix.
On se fait vacciner et on augmente nos chances de survie, ou on ne se fait pas vacciner et on s’assure de ne pas avoir les très rares effets secondaires.
Pour ceux qui disent qu’ils ne se font pas vacciner parce qu’ils refusent d’enrichir les pharmaceutiques, je leur demande d’être conséquent et de ne plus enrichir les pétrolières ou les Monsanto, ou toutes les compagnies qui vendent un service en échange de votre argent. Je leur demande aussi de ne plus prendre d’aspirines, ou de tylenol, ni d’antibiotiques, ou d’anovulants, bref, rien qui risque d’enrichir des pharmaceutiques… Mais risquer d’infecter les autres en augmentant ses chances d’être porteur d’un virus potentiellement mortel à cause d’un entêtement idéologique s’approchant du dogmatisme ou de l’endoctrinement est irresponsable et socialement répugnant.
Pour les autres, je demande juste de ne pas vous laisser aller dans l’hystérie généralisée des manigances internationales, des fins du monde en 2012 et des complots planétaires. Revenez aux faits. Utilisez votre intelligence et votre objectivité.
Faisons une analyse très simpliste, mais combien révélatrice. Il y a quatre possibilités, comme illustrées dans le graphique ci-contre.
Il y a les colonnes qui représentent notre choix. Puis les rangées qui représentent la réalité que nous ne connaissons pas encore – en effet, on ne sait pas encore si la pandémie sera meurtrière ou juste une peur orchestrée.
Peu importe les carrés verts (ou vert-jaune). On s’entend qu’il faut éviter à tout prix le carré rouge. Pour l’éviter, on peut toujours compter sur la chance et espérer que la pandémie soit bénigne. C’est un coup de dé hors de notre contrôle. On peut par contre prendre la décision que peu importe si la pandémie est bénigne ou maligne, on met les chances de notre côté et décide de se faire vacciner.
Si ce vaccin augmente votre chance de survie de 1% (c’est probablement plus), mais présente une chance sur 1 million de vous laisser handicapé (le syndrome de Guillain-Barré se traduit par des paralysies généralement régressives en quelques jours), que choisissez-vous? Là est la véritable question.
Je n’embarque pas dans la théorie des complots des pharmaceutiques.
Ni dans l’anecdotique.
Ni dans l’euphorie.
Mais moi, je vais me faire vacciner. Et je vais inciter mes enfants à faire pareillement.
J’ai déjà perdu un enfant à un virus. Je vais donc m’arranger pour minimiser les chances que cela se reproduise.
Point.
Paul vend des téléphones cellulaires, il a peu confiance en lui et semble plutôt timide. Il ose s’inscrire, en Angleterre, à cet espèce de concours de découverte de talents. Son rêve est de faire ce pour quoi il croit être né.
On lui demande ce qu’il va faire… il va chanter de l’opéra. De l’opéra! Les juges s’échangent quelques regards furtifs, le regardent en semblant se dire bon, un autre difficile moment à passer ou on devra lui dire de retourner chez lui, qu’il est pourri, qu’il n’a aucun talent. C’est vrai que ça ne doit pas toujours être facile.
Voici la performance de Paul:
J’aime le risque.
Et comme dessert, voici Connie, 6 ans.
Mise-à-jour (2007.06.15 18:00)
Notre ami Paul, en semi-finale.





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