Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner.
On a tout entendu.
C’est un complot des dirigeants planétaires pour réduire la population mondiale en nous tuant via un vaccin.
C’est Donald Rumsfeld qui a tout manigancé pour devenir riche.
Le vaccin n’est pas efficace.
Le vaccin n’est pas testé.
Le vaccin est dangereux.
Les effets secondaires sont inacceptables (paralysie, etc.).
Le Dr. Zaffran (alias Martin Winckler) a raison.
Crèvecoeur dit vrai.
Bref, on a toute la panoplie.
J’en ai marre et je jette un pavé dedans moi aussi.
Pour mieux comprendre la décision des gouvernements face au H1N1, je me permets un bref retour à notre histoire récente afin d’aligner quelques faits.
Il y a eu une pandémie H1N1 au début du siècle. Entre mars 1918 et juin 1920 il y a eu le tiers de la population planétaire de l’époque a été infecté par le virus. Il y a eu entre 50 et 100 millions de morts. Essayez d’imaginer, entre 50 et 100 millions de morts.
On parle depuis des années de la possibilité d’une pandémie comme au début du siècle. L’immunisation de la population face au virus grippal A(H1N1) a sérieusement diminué. Ceux qui sont nés après 1950 ne sont pas nécessairement immunisés puisqu’ils n’ont pas été directement exposés au virus. Et cette tranche de la population compose la plus grande partie de la population active – le baby-boom et son écho.
La grande majorité de la population mondiale habite le nord de l’hémisphère.
Un virus résiste mal à la haute température. C’est d’ailleurs pourquoi le corps hausse sa température pour combattre un virus – on appelle ceci la fièvre. C’est d’ailleurs pourquoi il y a plus de grippes en hiver qu’en été. L’été il fait trop chaud et le virus peut difficilement survivre.
L’hémisphère nord de la planète se refroidit en automne et en hiver. La majeure partie de la population mondiale passe donc en mode hivernal en octobre/novembre/décembre/janvier/février et devient par conséquent plus susceptible à l’infection grippale. C’est d’ailleurs pourquoi on a observé une première vague en mars 1918 qui a fait peu de morts. Le virus a commencé son œuvre au printemps, a été stoppé pendant l’été et a explosé à la fin de l’automne.
Un des facteurs qui a aidé la propagation du virus en 1918 fut le retour de la Première Guerre. Ceci a permis de largement distribuer l’infection virale et à augmenter le taux de mutation – plus il y a propagation, plus grandes sont les chances de mutation.
Depuis 10 ans, l’économie est mondialisée; les transports et le mouvement des individus dépassent grandement la mobilité observée au début du siècle, même en considérant les mouvements de troupes de la guerre.
Est-ce que vous commencez à voir une situation se développer? On a les ingrédients pour un « perfect storm ».
Maintenant, ajoutons quelques autres faits.
On vient de passer à travers la pire crise économique des 50 dernières années. Imaginez un pourcentage élevé de la population active touché pendant plusieurs jours par une incapacité de produire et ceci, étalé sur plusieurs semaines voire quelques mois. Les effets économiques sont probablement importants aux yeux de nos politiciens favoris pour lesquels nous votons.
Souvenez-vous, il y a quelques années, le scandale de la croix rouge. On disait que les responsables savaient que le sang était contaminé et qu’ils n’ont rien fait. Qu’ils ont même tenté d’étouffer l’affaire. Des poursuites criminelles s’en sont suivi. Certains pays ont même des lois responsabilisant les dirigeants des ONG.
Mettez-vous à la place des responsables gouvernementaux.
Aimeriez-vous être ministre de la Santé publique et avoir sur les bras des milliers de morts en n’ayant rien fait pour prévenir une propagation virale? Imaginez les poursuites légales contre les gouvernements et les responsables si un pays n’achète pas assez de vaccins ou ne sonne pas le signal d’alarme. Même si la pandémie devait de loin être insignifiante face à celle du début du siècle, les dirigeants ne peuvent rester les bras croisés et attendre de voir ce qu’il va se passer.
C’est pourquoi on entend tant parler de ce fichu A(H1N1). C’est pourquoi on a acheté 50 millions de doses au Canada. C’est pourquoi il va y avoir des campagnes de vaccination, peu importe le prix. Les lois et notre histoire récente font que le gouvernement se protège.
Dans tout ceci, je n’ai parlé en rien de la validité scientifique de la vaccination en général ni du fait qu’un vaccin présente statistiquement des effets secondaires dramatiquement moins importants que le virus qu’il combat. Ici, j’utilise le mot « statistiquement » car il y aura toujours des cas isolés, anecdotique quoique dramatique, où on confond corrélation et causalité, où, dans les rares cas où il y a causalité, « shit happens ». Si on vaccine 100 000 personnes, 50 000 n’auraient pas eu la grippe, 45 000 l’aurait eu et auraient passé à travers sans problème, 4000 en aurait été sérieusement affectés, mais ne le seront pas, 999 en seraient morts, mais ne le seront pas et 1 aurait subi des effets secondaires pas vraiment pas enviables…
Pour cet individu qui est victime des effets secondaires, c’est clair que le vaccin est pas jojo. Mais les 999 qui seraient morts et qui ne le seront pas (de cette cause immédiate) parce qu’ils ont été vaccinés, ça a valu la peine. Mais, encore une fois, ils ne le sauront jamais.
Alors, on a le choix.
On se fait vacciner et on augmente nos chances de survie, ou on ne se fait pas vacciner et on s’assure de ne pas avoir les très rares effets secondaires.
Pour ceux qui disent qu’ils ne se font pas vacciner parce qu’ils refusent d’enrichir les pharmaceutiques, je leur demande d’être conséquent et de ne plus enrichir les pétrolières ou les Monsanto, ou toutes les compagnies qui vendent un service en échange de votre argent. Je leur demande aussi de ne plus prendre d’aspirines, ou de tylenol, ni d’antibiotiques, ou d’anovulants, bref, rien qui risque d’enrichir des pharmaceutiques… Mais risquer d’infecter les autres en augmentant ses chances d’être porteur d’un virus potentiellement mortel à cause d’un entêtement idéologique s’approchant du dogmatisme ou de l’endoctrinement est irresponsable et socialement répugnant.
Pour les autres, je demande juste de ne pas vous laisser aller dans l’hystérie généralisée des manigances internationales, des fins du monde en 2012 et des complots planétaires. Revenez aux faits. Utilisez votre intelligence et votre objectivité.
Faisons une analyse très simpliste, mais combien révélatrice. Il y a quatre possibilités, comme illustrées dans le graphique ci-contre.
Il y a les colonnes qui représentent notre choix. Puis les rangées qui représentent la réalité que nous ne connaissons pas encore – en effet, on ne sait pas encore si la pandémie sera meurtrière ou juste une peur orchestrée.
Peu importe les carrés verts (ou vert-jaune). On s’entend qu’il faut éviter à tout prix le carré rouge. Pour l’éviter, on peut toujours compter sur la chance et espérer que la pandémie soit bénigne. C’est un coup de dé hors de notre contrôle. On peut par contre prendre la décision que peu importe si la pandémie est bénigne ou maligne, on met les chances de notre côté et décide de se faire vacciner.
Si ce vaccin augmente votre chance de survie de 1% (c’est probablement plus), mais présente une chance sur 1 million de vous laisser handicapé (le syndrome de Guillain-Barré se traduit par des paralysies généralement régressives en quelques jours), que choisissez-vous? Là est la véritable question.
Je n’embarque pas dans la théorie des complots des pharmaceutiques.
Ni dans l’anecdotique.
Ni dans l’euphorie.
Mais moi, je vais me faire vacciner. Et je vais inciter mes enfants à faire pareillement.
J’ai déjà perdu un enfant à un virus. Je vais donc m’arranger pour minimiser les chances que cela se reproduise.
Point.
Pour les Jeux olympiques de Vancouver en 2010, les athlètes arborent un chandail coloré avec la mention « Believe » (voir ici).
Malgré le stunt publicitaire évident, quelque chose m’agace.
J’ai fini par mettre le doigt dessus.
Malgré ce qui nous a été inculqué depuis des centaines d’années, voire des milliers d’années, croire n’est pas une qualité, ce n’est pas positif, bien au contraire. Croire c’est, selon le Robert, « Tenir pour vrai ou véritable », sans la nécessité de preuves ou d’évidences, même la plus infime. J’ai un problème avec ceci. Croire me semble bien plus être une forme de contrôle commode exercée par les autorités de toutes sortes, pour en arriver à leurs fins, peu importe la légitimité ou l’éthique de ces fins. (Lisez Machiavel – « Gouverner c’est faire croire »).
Croire me semble de plus en plus comme une pathologie manipulable, une forme d’irrationalité utilisable, une poignée dans le dos qui crie « Utilisez-moi! ».
Le pire est que croire est probablement profondément quelque chose acquis au fil de l’évolution. En version simplifiée, si un enfant de l’aube de l’humanité ne croit pas ses parents quand ils disent de ne pas aller se baigner dans l’étang infesté de crocodiles, il ne pourra probablement pas éventuellement propager ses gènes de scepticisme…
Alors, il semble que l’évolution nous a dotés d’une prédisposition à la crédulité.
Et cette prépondérance à la jobarderie a eu des effets secondaires: favoriser la socialisation et le regroupement. L’exploitation des peurs et des incertitudes par les autres est arrivée plus tard, mais fut incroyablement abusée. Et l’est toujours. Mais il nous faudra éventuellement voir la crédulité et la propension à croire, comme une faiblesse dont il faut se défaire. Un peu comme un appendice vermiculaire intellectuel.
Notre civilisation, quoiqu’imparfaite, est fondée sur l’objectivité, la connaissance et la science. Enlevez ceci et regardez ce qu’il reste. Pensez-y, pas grand-chose. L’Humanité n’a pu réellement prendre les premiers balbutiements de son essor que via la Science. Les croyances ne font que nous ramener dans la caverne dont nous tentons d’émerger.
Croire nous ramène à un monde d’histoires de peur, un univers incompréhensible où l’arbitraire règne et où nous abandonnons aux mains de manipulateurs cyniques ce que nous avons durement acquit comme connaissance de la réalité.
Croire est mauvais. Douter est bon. Voici un raisonnement nouveau.
En doutez-vous?
Je ne demande que le questionnement. Honnête.
Dans mon article précédent sur l’émergence, je partais des petites échelles et progressais vers les plus grandes échelles afin de démontrer ce que sont les propriétés émergentes. Dans ce blogue-ci, je vais dans le sens contraire: je pars de notre échelle humaine et descends vers les petites échelles afin de démontrer que notre perception de la réalité n’est qu’une illusion.
Prenons n’importe quel objet; une table par exemple. Elle est en bois, elle a quatre pattes, une couleur, un poids. Ces attributs caractérisent en partie ma table, mais ne disent rien sur la nature de sa réalité. Alors, regardons là de plus près. On réalise que la table est faite de cellules végétales, elles-mêmes faites de molécules organiques organisées, structurées et qui interagissent les unes avec les autres via des interactions électromagnétiques. À leur tour, ces molécules sont des agencements d’atomes liés. Ces atomes sont faits de particules élémentaires en interaction et organisées. Ces particules élémentaires sont à leur tour composées de particules encore plus élémentaires qui interagissent et qui sont organisées. Que ces particules élémentaires (quarks, gluons, bosons) sont des tresses d’espace-temps qui sont organisées et qui interagissent, selon certaines théories, ou des densités de probabilité énergétique selon d’autres théories… mais dans tous les cas, rien qui semble vraiment « solide » selon notre conception du monde.
De quoi est donc faite ma table? Quand nous y regardons de près, nous pouvons difficilement même entretenir une dissertation sur ce qu’est toute forme de matière. La table n’est composée de rien de matériel, qu’une hiérarchie organisée de liens, pour arriver, en fin de parcours, à de l’espace, du temps et/ou des probabilités – des concepts que nous pouvons difficilement définir de par notre perception limitée et notre cerveau tout aussi limité à faire des modèles utiles à une échelle où s’exerce notre perception.
L’illusion à première vue est de croire que la table est telle que nous la percevons, que tout ce que nous voyons et connaissons est tel que nous le croyons. Nous n’accédons qu’à une partie infime de la réalité et de la nature des choses. L’illusion est de croire que nous savons ce qu’est le réel. Tel que nous le percevons, le réel que nous concevons n’est finalement que le modèle que nous faisons dans notre esprit et la façon dont nous croyons interagir avec celui-ci. Notre conception du réel est strictement limitée par ce dont l’évolution nous a utilement dotés afin de survivre: et c’est loin d’être l’outil universel pour tout comprendre. Peut-être est-ce que la réalité est à jamais hors de portée de compréhension de notre outil biologique et que nous devrons artificiellement augmenter notre capacité afin de mieux la saisir. Je bloguerai sur la philosophie transhumaniste un de ces quatre!
Je vais terminer avec cette citation:
« J’enseigne que la multiplicité des objets n’a aucune réalité en elle-même, mais est seulement une vue de l’esprit et est, par conséquent, de la nature de maya et du rêve. [...] Il est vrai que dans un sens, les objets sont vus et distingués par les sens en tant qu’objets individuels; mais dans un autre sens, en raison de l’absence de marque caractéristique propre, ils ne sont pas vus, mais sont seulement imaginés. Dans un sens ils sont préhensibles, mais dans un autre sens, ils ne sont pas préhensibles.«
- Bouddha ~500 avant JC (Lankavatâra Sûtra – Chapitre II: Fausses imaginations et connaissance des apparences)
… et cette extraordinaire conférence de Richard Dawkins présentée à TEDTALKS 2005 et dont le titre est: « Queerer Than We Can Suppose: The strangeness of science » (en Anglais, désolé!):


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