Un rêve

On 2007/12/20, in Uncategorized, by admin

Je rêve peu. Et je parle encore plus rarement de ces derniers, leur accordant peu d’importance. Mais ce soir, je fais exception.

Une coïncidence aussi étrange qu’intéressante me parait digne de mention.

J’ai récemment écouté une vidéo sur Youtube qui m’a été pointé par le profil Facebook d’une amie. Et ce vidéo-ci m’a d’ailleurs fait profondément réfléchir. En fait, cela m’a troublé passablement. La vidéo parle de « beginning of a new life« …

Il y a environ une semaine, j’ai rêvé que je mourrais, ou plutôt que j’étais mort. Dans mon rêve j’étais décédé dans un hospital. Après un long moment noir et vide, j’ai repris lentement conscience pour réaliser que j’étais dans une morgue, sur une civière. Je ne pouvais pas bouger. Puis, lentement, j’ai consciemment fait la réflexion suivante: « Je suis conscient, donc je suis vivant. C’en est assez, j’ai assez perdu de temps, il est temps que je me lève. » Et je me suis levé, j’ai combattu contre l’inertie et la torpeur de mon corps et de mon esprit et j’ai cherché à entrer en communication avec d’autres personnes pour dire, annoncer, que je vivais. J’étais heureux d’être revenu à la vie et je savais combien les possibilités étaient innombrables devant moi…

Quand j’y repense… ma mort dans un hospital… le moment noir et vide… la prise de conscience… la décision… annoncer, crier que je vis… et réaliser l’infini des possibilités humaines.

L’allégorie m’est intéressante, fascinante même.

J’imagine que maintenant il me reste à explorer ces possibilités. Explorer ma vie.

Encore une vérité de La Palice… n’est-ce pas?

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Il y a dix ans…

On 2007/04/30, in Texte, by admin

Il y a dix ans aujourd’hui.

Il y a dix ans, l’hôpital nous appelait, Myriam et moi, pour nous dire que nous devrions retourner aux soins intensifs (on venait d’y passer les deux dernières journées), parce que Marie-Michèle ne passerait probablement pas la nuit.

On s’est alors précipités.

Et on était près d’elle. Le respirateur soulevait sa poitrine, le moniteur cardiaque donnait des chiffres froids. Et ce fut très rapide… 132, 85, 30, 18, 0…….. Si ce n’eut été des chiffres du moniteur, on n’aurait pas su, le respirateur donnait l’illusion que la vie était encore en elle. Il faisait sombre dans la salle. C’était la nuit. Quelques infirmières s’étaient retirées derrière, en silence, sachant, les yeux rougis par la situation. J’imagine qu’il y a des choses auxquelles on ne s’habitue pas.

Marie-Michelle n’atteindra jamais 2 ans, il lui manquera toujours 3 mois.

Je me souviens qu’il faisait tellement beau cette journée-là pourtant! Une chaude journée de printemps. Mais nous étions engourdis jusqu’à l’âme, dans notre bulle. On regardait les gens, inconscients, s’affairer dans la rue. Les oiseaux continuaient de faire ce que font les oiseaux. Pareil pour les étudiants, les travailleurs… Tout semblait se dérouler tellement vite à l’extérieur. On aurait voulu que les gens sachent, qu’ils s’arrêtent, juste un petit moment, et baissent les yeux devant l’absolu qui s’était abattu sur nous. Mais on ne pouvait demander à personne de s’arrêter, ils ne savaient pas… Ils ne pouvaient pas savoir.

Et je ne savais pas non plus que ma vie ne serait plus jamais la même. Je ne savais pas par quelles profondes nuits obscures j’allais errer pendant des années. Je ne savais pas. Et c’est tant mieux. Saint-Jean de la Croix avait connu la nuit noire, lui qui était croyant. Qu’allais-je connaître, moi qui ne l’étais plus? Que pouvaient bien être les paroles qui pourraient donner un espoir à un parent qui ne croyait pas en Dieu et qui venait de perdre un enfant?

Il est aisé d’être athée ou agnostique quand tout va bien. Mais quand nous sommes face à un absolu – cette région où la religion règne en maître incontesté – comment conserver un propos séculier? Comment peut-on remplir ce vide que semble si bien remplir la religion? Je sais qu’il est inné, viscéral, vital même, de pouvoir s’accrocher à quelque chose quand nous sommes en chute libre vers l’abysse du désespoir. Et la religion représente une main tendue pour nous permettre d’arrêter cette chute et d’enfin poser pied sur un sol stable et ferme, sur une « certitude ». La religion nous offre un espoir face à l’absolu qui peut difficilement être remplacé.

Mais il m’était impossible d’attraper cette main qui me parvenait de ma jeunesse; une main chrétienne de par mon héritage familial et géographique. Même si je voulais l’attraper, rien n’y faisait, il m’était impossible de croire, de remettre ma confiance en un tel Dieu. Je me serais menti. Et en de telles circonstances, le mensonge envers soi n’est plus une option. J’explorai ailleurs. Je découvris la philosophie pérennale – le mysticisme fondamental et commun à tous les grands courants religieux – la philosophie bouddhiste (avec lequel j’ai conservé beaucoup d’affinités), le nouvel-âge, les Grecs, tout – il me fallait un point d’ancrage pour arrêter ma chute… jusqu’à ce que je réalise que la chute est aussi un état d’apesanteur, jusqu’à ce que l’absence de sol ferme devienne amical. La fin des certitudes peut être apaisant. Néanmoins, je peux comprendre pourquoi les religions existent: pour répondre à ces moments d’absolue détresse. Tout le reste, genèse, système moral, valeurs, ne vient que par la suite, ce sont des propriétés secondaires de la religion. Le but premier de la religion est d’apporter une réponse immédiate au brûlant absolu dans lequel nous sommes quelquefois plongés et dont nous avons douloureusement conscience. Le but de la religion est d’apporter réconfort. Tout le reste est secondaire.

Alors, sans religion, comment apporter réconfort au parent dont le coeur de l’enfant cesse de battre?

Dix années sont passées, et je n’ai que quelques ébauches de réponse. Même pas. Des ébauches de questions.

Rien ne nous prépare à ce genre d’événement. Dans notre culture et notre société, nous évitons ces absolus, nous jouons inconsciemment à l’autruche en nous croisant les doigts pour que « cela » n’arrivera pas – on ne veut même pas le nommer. Mais « ça » finit toujours par arriver, et nous ne sommes pas prêts. En fait, nous avons en nous un germe, un virus dormant, car nous avons été exposés très jeunes au phénomène religieux. Et nous sommes tentés d’y revenir quand l’absolu se présente – cette fameuse main tendue de la jeunesse… Mais cette main est à la fois un souvenir et une réaction infantile naturelle – le réconfort à tout prix. Par contre, si nous prenions conscience tout jeune que la mort existe, que nos parents vont mourir, que shit happens et que ceux que nous aimons le plus au monde vont un jour cesser d’exister, et nous aussi, peut-être que nous aurions une meilleure relation avec tous ceux que nous croisons et que nous vivrions une existence plus remplie et plus intense. Juste à regarder combien tout devient unique, précieux et merveilleux pour ceux qui savent qu’ils vont mourir bientôt et qui ont accepté leur situation… La réalité pour ceux-ci re-acquiert toutes ses couleurs, toutes ses saveurs, tous ses timbres et toutes ses douceurs. Combien de gens vivent comme s’ils ne mourront jamais? Combien d’autres meurent sans avoir vraiment vécu? La pleine connaissance de la finitude amplifie l’expérience humaine. Et quand l’absolu se présente, nous aurions moins de regrets et de chagrin. Nous comprendrions que la vie est courte et précieuse, et que la perte de cet être cher s’inscrit dans l’ordre des choses et qu’il continue de vivre dans nos mémoires.

La religion nous propose de donner un sens à la mort. Mais au lieu de chercher un sens à la mort d’un enfant, pouvons-nous donner un sens à sa vie? Et ce sens, je veux le donner en poursuivant ma vie au maximum. En faisant en sorte que, du fond de ma mémoire, MM me regarde en me disant que c’est ce qu’elle aurait désiré. Est-ce que dire combien un enfant qui ferme les yeux peut en ouvrir d’autres suffit? Est-ce que se l’amour qu’on a pour son enfant et combien il aura eu un impact sur d’autres vies est suffisant pour que le sens ainsi donné apaise la froideur du néant? Est-ce que dire ces montagnes où j’ai lancé au vent ses cendres est suffisant? Je ne sais pas.

Cependant, je réalise aujourd’hui que la mort de Marie-Michèle m’a ouvert le coeur à la souffrance et à la Vie des autres. Il est possible, un moment, de souffrir de façon nombriliste. Mais après un certain temps, on se rend compte que la souffrance est universelle. En dépit de nos différences de croyances, la souffrance nous rapproche un peu plus les uns des autres, car, ultimement, les autres sont tout ce que nous avons réellement avec certitude. Pourquoi passons-nous tant de temps à nous faire du mal au lieu de s’entre-aider devant les inévitables douleurs de la vie et de se partager le bonheur quand il est présent? Pourquoi ne pouvons-nous pas mesurer nos rancunes, nos guerres, nos impatiences à la seule échelle qui soit vraiment importante? Mais nous oublions. Nous finissions par escamoter et nous nous emportons, pris par le quotidien, jusqu’à ce que l’absolu nous revienne au visage.

Ça fait 10 ans, jour pour jour, aujourd’hui, que mes yeux ont commencé à s’ouvrir quand les siens se sont clos. Revenir en arrière aujourd’hui, même pour serrer MM une dernière fois dans mes bras, est non seulement impossible, mais est aussi hors de question si il fallait pour ceci renoncer à ce qu’elle m’a apporté. J’ai désormais une relation unidirectionnelle avec elle et j’ai appris à entretenir cette relation. J’ai réalisé combien j’ai été chanceux de la connaître. Combien son existence, combinée à la mienne, et dans les circonstances que nous avons vécues, est une merveille de la nature. Je réalise que ce qui ne m’a pas tué m’a fait grandir. Et c’est justement là où résident la paix et la sérénité.

Marie-Michèle, je ne te reverrai pas, mais je t’ai aimé de tout mon coeur et jamais je ne t’oublierai. Jusqu’à ce que je m’éteigne à mon tour, tu feras partie de moi, comme j’ai fait partie de toi. Je suis autant né de toi que tu es née de moi. Tu me manques, et tu me manqueras toujours. Mais à travers tes frères et ta soeur, ta mère, et moi, tu continues d’exister. Et à chaque printemps, quand la nature reprend vie, quand les oiseaux reviennent, quand le soleil nous réchauffe le coeur, et que la douce brise murmure la Vie, je pense à toi, et je t’aime. Merci d’être passée dans ma vie.

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