L’intelligence humaine est limitée.
Bon. Rien de nouveau. Mais un problème qui nous concerne tous semble découler de cet état de choses.
Avec la globalisation des marchés, l’environnement, les politiques internationales, les conflits science/religion, les différents niveaux d’évolution des diverses nations, les problèmes auxquels nous devons maintenant faire face sont passés à un autre niveau. Ils deviennent combinatoires. Nous faisons face à de tels défis que même le comité Nobel a cru bon de décerner un prix au président Obama pour ses efforts en diplomatie en vue de réconcilier les peuples. Au moment où il a été décerné, on avait plus d’espoir que de faits. Et il va en falloir de l’espoir…
Les problèmes auxquels nous faisons face en tant qu’espèce deviennent de plus en plus globaux. En fait, c’est de moins en moins au niveau social, national ou même international que se joue la partie, mais à une échelle totalement globale, à l’échelle de l’espèce. Les communications et l’information nous permettent maintenant de réaliser sur une échelle globale que plusieurs problèmes d’envergure sont à notre porte.
L’environnement. (réchauffement climatique, exploitation outrancière des ressources et conséquences de cette exploitation (hummm, on se souvient de BP dans le golfe?), mode de vie non soutenable, épuisement des terres agricoles, hausse du niveau des océans, accès à l’eau potable, etc.)
L’économie (distribution des richesses, globalisation des marchés, relocalisation du travail, exploitation démesurée des ressources (encore!), cheap labor, esclavage des enfants, etc.)
La santé (pandémie, obésité, malnutrition, fast-food)
Sans compter les autres problèmes quine font partie d’aucune catégorie ou de plusieurs: OGM, appauvrissement des terres agricoles, production d’énergie, disputes territoriales, manipulation génétiques, éducation, corruption, génocides, sécurité, etc.
Ces problèmes sont, en plus d’être extrêmement complexes,inter-reliés. Le nombre de variables dynamiques sous-jacentes est trop grand et ces dernières changent trop vite. Humainement, je pense de plus en plus que nous sommes devant une impasse. À moins que…
Dans le passé, nous avons su vaincre nos problèmes en utilisant notre intelligence. Nous avons construit des machines, des systèmes, des organisations afin de continuer d’avancer. Nous avons créé des machines plus fortes que nous, plus rapide que nous, plus performantes que nous. Je pense que nous sommes à une telle étape. Nous devons maintenant construire des machines plus intelligentes que nous.
Je crois de plus en plus que l’intelligence humaine ne peut suffire seule. Nous devrons nous aider de systèmes d’intelligence artificielle pour nous permettre de passer le prochain demi-siècle. Cependant, il y a un hic: on ne sait pas encore comment! En fait, on ne s’entend même pas sur la définition de l’intelligence! C’est pourquoi il nous faudrait un autre projet « Manhattan » mais dont l’objectif cette fois-ci ne serait pas de construire un engin explosif, mais un engin universel de résolution de problème. Il a fallu une lettre d’Einstein (dont le brouillon avait été signé par Szilard) au président des États-Unis pour l’avertir d’une menace imminente. Qui aurait la crédibilité pour signer une telle lettre aujourd’hui? D’autant plus que la menace n’en est pas une de souveraineté ou de liberté nationale, mais de survie globale, à long terme.
En fait, ce n’est pas vraiment une impasse à laquelle nous faisons face. Mais juste un autre défi. De ceux que pose la nature afin de sélectionner les espèces qui auront le privilège de survivre. C’est le droit de passage à payer. C’est un pas de plus vers cet âge d’or, destin de l’être humain, si nous le voulons bien.
Je me souviens, il y a quelques années, un passant de porte-à-porte propageant sa bonne nouvelle religieuse cogna chez moi. Quand j’ouvris, il me demanda si je trouvais que tout allait de plus en plus mal dans le monde. Bien sûr, il s’attendait que j’acquiesce en renchérissant sur les meurtres, les tremblements de terre, les sécheresses, les guerres et les famines. Mais je lui répondis que non, je ne croyais pas. Au contraire, je lui dis que je pensais que les choses allaient en s’améliorant. Il n’y a pas plus de 5000 ans, les gens mourraient d’une carie et l’espérance de vie était de 30 ans. Les humains étaient souvent la proie des grands prédateurs et les maladies faisaient des ravages douloureux. Mais on a quand même réussi à inventer la sédentarité, les cités, l’agriculture, le commerce, les gouvernements, l’écriture, l’imprimerie, l’école, les antidouleurs, la méthode scientifique, l’industrialisation, les antibiotiques, le téléphone, la radio, la télévision, internet… et on ne fait que débuter. On ne tremble plus devant la foudre ou un volcan déifié, on s’émerveille plutôt devant ce grandiose spectacle de la nature. On est passé d’une vision égocentrique, arrogante et infantile du monde à une vision humble et inspirante de la réalité physique, biologique et psychologique.
Le moment où un Cro-Magnon tenta de saisir cette boule de lumière dans le ciel et l’instant où l’humanité posa le pied sur la lune ne sont séparés que de 50 000 ans. Nous avons fait une formidable progression et c’est loin d’être terminé. L’aventure ne fait que commencer et nous sommes voués à un âge d’or. Bien sûr, il y a des fluctuations statistiques où on peut reculer un peu ou ralentir notre progrès comme l’époque médiévale où l’église a freiné l’avancement de l’occident pendant 1000 ans, ou une guerre qui nous a fait reculer de 50 ans, ou l’élection d’un président de 10 ans, mais ce ne sont que des anomalies localisées et passagères. Quand on ne regarde pas plus loin que le bout de son nez, tout semble aller mal en effet. Mais quand on prend du recul et qu’on élargit sa perspective, alors on devient optimiste, car l’humanité, ultimement, progresse.
Il y eut un moment de silence. Puis je crois qu’il accrocha sur l’aspect « religion » de ma réponse. Il me demanda si je croyais en Dieu. Je lui demandai lequel. Hésitant (et un peu surpris), il me répondit « bien, Dieu! Le seul Vrai Dieu, le Dieu tel que révélé dans la Bible ». Je lui dis que non, je n’étais pas superstitieux. Mais que j’étais tout ouvert à l’entendre pour m’en convaincre et que lors de cette discussion, j’allais être aussi sincère et honnête que possible dans mes questions, mais qu’il y avait cependant un danger… Il me demanda quel était ce danger. Je répondis que dans le processus de mes questions, il était possible que s’il tentait de me répondre aussi honnêtement et sincèrement que le seraient mes questions, il risquait de perdre la foi.
Un autre moment de silence. Il détourna les yeux, me salua et descendit les marches.
Dans de telles discussions, je pose des questions, je veux savoir. Je tente de ne pas être confrontatif. Je cherche à comprendre. Je cherche à comprendre l’être humain devant moi, ce qu’il pense, ce à quoi il croit, et pourquoi. Quand je constate une inconsistance, je questionne tant qu’elle n’est pas réglée. Et quand je me frappe à un « C’est ainsi », je relance du fameux « Pourquoi? » Un peu comme un enfant. Je pense que des questions peuvent faire craquer la coquille des religions. Il faut seulement que la question vienne de l’intérieur de la coquille et soit sincère. Les croyances religieuses ont tendance à s’effondrer devant un sincère auto-questionnement de leur souteneur. Et si, justement, dans un dialogue sincère et vrai, les questions ainsi posées à un croyant deviennent siennes…
Je veux bien être converti. Si c’est réciproque.
Hier il y avait une chronique chez Christiane Charrette à la radio de Radio-Canada sur les livres électroniques. On parlait des différents lecteurs de eBooks: le Kindle, le Reader de Sony, le iPod/iPhone d’Apple, l’Androïd de Google… La conversation entre Bruno Guglielminetti et Michel Tremblay tournait autour de la grosseur des polices et de l’écran et combien les éditeurs sont réfractaires à cette nouvelle vague puisque les livres en version électronique coûtent moins chers et qu’ils ne font presque plus de profit. En passant, ces mêmes éditeurs oublient de mentionner que seule la première copie d’un livre électronique coûte quelque chose à produire – toutes les autres copies ne coûtent rien, absolument rien à produire – seulement un partage de revenu avec l’AUTEUR, le créateur, la source sans qui il n’y aurait pas de livre en premier lieu. Alors, produire 1 ou 1 milliard de livres coûte la même chose. Sachant ceci, je suis content pour les auteurs qui vont, je l’espère, savoir profiter de la situation et obtenir un salaire décent pour leur œuvre.
Je comprends pourquoi les éditeurs tremblent! On ne parle pas d’un petit changement, mais d’une désintermédiation de la chaîne de valeur de l’industrie de la publication. Quel sera le rôle des éditeurs? Plus besoin d’imprimer, de relier, de distribuer dans les libraires. Plus d’arbres sacrifiés (d’ailleurs, l’industrie du bois a aussi besoin de sérieusement se réformer). Plus d’éditions épuisées. Plus de back order. Plus de files d’attente pour obtenir le dernier Harry Potter… Alors comme auteur, pourquoi irais-je voir un éditeur pour publier mon livre alors que je pourrais le charger directement sur une espèce d’iTunes pour les livres où les gens peuvent l’acheter et d’où je recevrais directement 70% des revenus de chaque vente? Les éditeurs ont raison de trembler – il peuvent très bien n’être réduits qu’à de simples critiques de livres parmi tant d’autres. De plus, terminé les rejets des éditeurs. Tu écris, tu publies, tu récoltes si c’est bon. Ce changement total de cette industrie est une étape normale dans la démocratisation et de la désintermédiation de cette industrie. Mais c’est une étape qui fera mal et je comprends parfaitement pourquoi un grand pan de cette industrie crie haut et fort (en utilisant souvent les droits d’auteur comme support moral). Et ce pan de l’industrie englobe les papetières, les éditeurs, les imprimeurs, les distributeurs, les librairies, etc. Seuls les véritables créateurs (écrivains, illustrateurs, typographistes, monteurs, etc.), bref, ceux qui sont les moins payés et dont l’apport est le plus grand dans cette industrie survivront, car ils ont leur raison d’être dans le processus de création; ils sont indispensables. Je sens d’ici la résistance de l’argent.
Sauf que la transformation est commencée.
Il nous est maintenant possible d’accéder à une quantité incroyable de grands classiques via le projet Gutenberg (dont des centaines en français). Terminé de payer 15$ pour une réédition d’un livre de deux cents ans…
Cependant, peu de gens semblent penser aux nouvelles possibilités que vont permettre ces nouveaux appareils en particulier et le livre électronique en général. Et c’est ce que j’aurais aimé entendre de la part de Bruno Guglielminetti – mais avait-il seulement le temps d’aller jusque-là – même si c’est lui qui est le réalisateur de cette émission? (Je vais éventuellement bloguer sur la place faite à la science et la technologie dans les média)
Imaginez que l’écrivain puisse préparer son livre et modifier certains passages selon l’heure ou le lieu où vous le lisez. Imaginez que l’auteur puisse changer des passages en temps réel, pour les corriger ou les améliorer. Imaginez la formation de cercles de lectures où vous pouvez synchroniser les différents lecteurs afin qu’ils puissent échanger sur un chapitre sans voir le chapitre suivant, ou se laisser des commentaires, ou des idées. Imaginez que vous puissiez suggérer des améliorations à l’auteur d’une œuvre en ajoutant une note sur un passage particulier. Imaginez que pour chaque faute que vous corrigez dans un livre, vous obteniez un remboursement sur votre achat – et que cette correction soit poussée chez les autres consommateurs qui l’ont acheté et sur la version originale. Imaginez que vous puissiez avoir accès à des images, des films, des figures en 3 dimensions, des compléments d’information multimédia relatifs au livre, à un personnage, à un lieu, à une émotion, à une démonstration, à une cène de crime. Imaginez pouvoir poser des questions à l’auteur. Imaginez que vous puissiez traîner avec vous tous les livres de votre bibliothèque. Imaginez que vous ayez accès sur votre lecteur électronique à tous les livres qui n’ont jamais été écrits dans toute l’histoire de l’humanité, et dans votre langue. Tout ceci, dans votre poche, dans votre lecteur de eBook. Imaginez comment l’éducation pourrait utiliser et profiter de nouvelles approches pour les livres de classe, les devoirs, les examens. Quelles sont les possibilités offertes aux enseignants pour personnaliser l’enseignement à un enfant en difficulté? Les possibilités sont enivrantes. Et ce n’est qu’une question de temps. La technologie pour tout ceci est soit déjà soi présente, soi en développement. Cette révolution va non seulement altérer notre façon de lire, mais aussi, fondamentalement, notre relation avec l’écrit, notre façon d’apprendre et de s’exprimer.
L’industrie du livre va vivre dans les quelques prochaines années une révolution aussi importante que ne le fut l’invention de Gutenberg. Je sais, on a dit ceci de l’Internet. Mais c’est plutôt le livre électronique qui va compléter cette révolution en apportant une redéfinition du quatrième écran. Le domaine de l’édition va être fondamentalement bouleversé. Les dinosaures vont tenter de lutter pour survivre et retarder l’inévitable. Mais des joueurs émergents vont voir et saisir les nouvelles opportunités, et ceux-là vont éventuellement dominer sur ceux qui périclitent. C’est ce qui arrive tout le temps.
Il est très intéressant de lire les commentaires laissés par les auditeurs suite à cette émission, même s’ils sont peu nombreux… pour l’instant.
Et ici, je n’ai parlé que des livres… Que dire des magazines, des quotidiens, et du reste du matériel imprimé?
Le futur est brillant.
En cette année de Darwin, et en cette semaine du ministre fédéral des Sciences et des Technologies, M. Gary Goodyear, qui refuse de se prononcer sur la question, j’étais curieux de savoir où nous en étions au Canada (et au Québec) sur la question de l’évolution.
Voici ce que j’ai trouvé.
Selon un sondage Angus Reid réalisé entre le 12 et le 13 juin 2007 (1088 participants), une majorité de Canadiens, et une grande majorité de Québécois considèrent que la loi de l’évolution est véridique.
C’était la bonne nouvelle.
La mauvaise nouvelle est que peu des participants interrogés comprennent ce que signifie réellement la loi de l’évolution. De plus, plus de 42% des Canadiens (et 45% des Québécois!) croient que les dinosaures ont coexisté avec les êtres humains.
Allez hop! Au travail!

Selon les plus récents (et, à mon avis, les meilleurs) modèles du cerveau humain (lisez le livre de Jeff Hawkins), celui-ci fonctionne en comparant en mode continue des prédictions avec les données fournies par les perceptions. Par exemple, vous montez vos escaliers en pensant à ce que vous allez manger. Vous mettez la main, inconsciemment, sur la poignée, et vous ouvrez la porte, mais celle-ci n’offre aucune résistance. Votre réaction est immédiate: vous êtes surpris. Une alarme a retenti en vous. Pendant l’ensemble de votre démarche, inconsciemment, votre cerveau faisait des prédictions de sorte qu’il n’a à révéler à votre conscient que les choses qui sortent de ses prédictions. Imaginez s’il fallait que votre conscient traite toutes les données provenant de vos perceptions, le frottement de votre linge contre votre peau, la moindre prise sur celle-ci, la pression sous vos pieds, etc., noliserait votre conscience et il vous serait impossible d’opérer normalement. À travers l’évolution, nous avons développé des mécanismes permettant de faire abstraction des perceptions usuelles qui parviennent en grande quantité à travers nos influx nerveux afin de libérer notre attention pour traiter seulement les exceptions.
Et quand un conflit se révèle entre la prédiction et les perceptions, une alarme sonne en notre esprit. Faisons l’hypothèse que cette alarme est la source des émotions, que la zone des émotions du cerveau est activée suite à une telle alarme. Encore une fois, c’est une hypothèse, mais voyons où cela conduit.
Par exemple. Vous vous attendez d’un certain comportement des autres. Des comportements justes, nobles, posés, respectueux – bref, des comportements à l’intérieur de certaines limites fixées au préalable. Et vous ne remarquerez probablement pas les innombrables personnes qui vont selon vos attentes ou à l’intérieur de vos limites de l’acceptable. Mais si une personne va à l’encontre des limites que vous avez imposées en vous-même et auxquelles vous vous attendez, l’alarme qui sonnera générera de la colère en vous. La colère est toujours liée à une transgression d’une limite.
Vous marchez dans la nuit dans votre appartement. Il fait noir, vos sens sont exacerbés afin de répondre efficacement aux possibles situations. Un éclair illumine la pièce à travers la fenêtre. Vous croyez voir une ombre inattendue dans un carreau de la fenêtre. Vous avez peur. C’est la réaction normale à une situation inattendue dans un contexte qui peut potentiellement être dangereux ou menaçant.
Quelqu’un vous raconte une histoire. Votre cerveau suit et prévoit l’histoire selon certains scénarios. Tout à coup, une fin inattendue arrive. L’alarme résonne en vous – un rire se fait entendre. Si une alarme résonne quand la situation n’est ni menaçante, ni dangereuse, alors le rire prévaut.
Mais la tristesse? Comment expliquer cette émotion? C’est en discutant avec un de mes amis, Richard, que la solution s’est élaborée.
Prenons un cas particulier, vous pourrez ensuite l’extrapoler.
Quelqu’un que vous aimez décède. Pourquoi éprouvez-vous cette abyssale tristesse? Quel est ce conflit dont je parle entre les prédictions de mon cerveau et mes percepts? La présence de cette personne dans ma vie, à la longue, à programmé mon cerveau à l’habitude de sa présence. Elle est présente dans le modèle de la réalité que se fait mon cerveau. Quand la nouvelle du décès survient, le modèle attendu entre en conflit avec l’information perçue. Mon cerveau s’attend à la pensée de sa présence. Mais elle ne sera plus jamais, et irrémédiablement présente. Là est le conflit. L’émotion subtile violente audébut, se transforme lentement en émotion douce-amère à mesure que mon cerveau se programme à la nouvelle réalité. Cela prend du temps. Et lorsque ma mémoire entre en conflit avec les nouvelles habitudes de mon cerveau, alors la tristesse revient. Éventuellement, les conflits dans mon cerveau s’estompent et le deuil (conflit) passe pour ne plus laisser place qu’à la mémoire.
Demain je dois aller au salon mortuaire. La fille de mes ex-voisins est décédée à 21 ans suite à un accident de voiture. Une absurdité, un drame, un grand trou, là, juste ici, dans mon coeur. Une catastrophe pourtoust ceux qui l’ont connue. Mes souvenirs de Jennie (oui je la nomme – elle le mérite) sont encore tellement vivants en moi malgré le temps passé. Son sourire, sa joie de vivre et sa candeur ne me seront plus que souvenirs, à jamais. Et voilà, mon cerveau génère une alarme entre la réalité toute crue et ma mémoire, et mon regard s’embrouille. Savoir comment mon cerveau fonctionne ne change rien à ma tristesse. Le fait de comprendre sa tristesse n’enlève rien à sa profondeur ou à son expression.
Les émotions humaines nous définissent en très grande partie. Essayer de les comprendre n’est pas un acte de démystification. C’est un acte aussi profondément humain que l’émotion elle-même. La Science ne détruit pas la magie, elle révèle sa grandeur. Un jour, peut-être, saurons-nous vivre nos émotions aussi pleinement que nous les comprendrons. Alors, les mécanismes de guérison seront plus accessibles, et cet étrange éclair de conscience qu’est la vie sera plus acceptable, et plus merveilleux encore
Quand je dis « JE » me souviens, quel est donc ce « JE »? Aucun des atomes qui composaient l’organisme vivant que j’étais à ma naissance ne fait encore partie de moi. Les cellules se renouvellent, les cheveux poussent, la matière est en écoulement à travers moi. Il est connu que nos cellules sont remplacées en quelques semaines seulement, nos neurones changent les molécules qui les constituent en un mois environ, le temps de vie des microtupes (les filaments protéïniques qui structurent les neuronnes) ont un temps de vie de 10 minutes environ, les filaments dans les dendrites sont remplacés chaque 40 secondes… Le corps humain est essentiellement un système ouvert sur son environnement et en constant échange avec celui-ci. Mais malgré ce continuel remplacement de ce qui me construit, ce « JE » persiste. Ce « JE » n’est donc pas directement ce qui me compose. Cependant, malgré le continuel passage de la matière en moi, je perçois une certaine continuité qui m’est procurée par ma mémoire et un modèle interne que je me fais de ma propre existence. Mais tout bouge autour de cette mémoire, tout et est en continuel remplacement. Un peu comme si ce JE se déplaçait dans la matière et n’était qu’une propriété de l’organisation temporaire de la matière.
Il est intéressant de mentionner une analogie à ce point-ci du raisonnement. Une vague à la surface de l’eau ressemble à ce JE que je viens de décrire. Qu’est-ce qu’une vague? On peut la voir se former, se déplacer à la surface de l’eau et finir par s’amortir, mais ce qui se déplace doit être perçu différemment de ce qui est déplacé. Dans une vague, les molécules d’eau ne se déplacent pas horizontalement avec la vague mais verticalement, perpendiculairement au sens du déplacement de celle-ci. Si les molécules d’eau se déplaçaient dans la direction de la vague, ce ne serait plus une vague, mais un courant. Une vague est une onde transversale.
Il est aussi des ondes longitudinales, comme le son. C’est une onde de densité de l’air qui se déplace. Les molécules se rapprochent et s’éloignent en va-et-vient dans le sens de propagation de l’onde sonore, mais l’onde a des propriétés différentes de la matière qui compose son substrat. Si l’air se déplaçait linéairement comme le son, ce serait plutôt du vent qui serait observé. Les molécules d’air se déplacent très peu, mais le son se probage très loin. Le son est une densité augmentée qui se propage.
Dans les deux cas (la vague sur l’eau et le son dans l’air) on est en présence d’une déformation, d’une déviation momentanée de la position d’équilibre (certains ajouterons, de l’équilibre thermodynamique
et cette déformation se déplace en utilisant un substrat, mais indépendamment de celui-ci en quelque sorte. Cet écart de l’équilibre se propage dans le temps et l’espace, et n’est que temporaire, une certaine atténuation limitant la période de propagation.
Mon JE ressemble à un écart de l’équilibre thermodynamique qui se déplace à travers la matière. Un déséquilibre beaucoup plus complexe certainement, mais l’analogie est troublante. Et les systèmes loin de l’équilibre thermodynamique voient souvent émerger de nouvelles propriétés qu’il est impossible de prévoir à partir du niveau de complexité précédent. Un JE qui est une propriété émergente d’un système complexe éloigné de l’équilibre. Un JE qui est une vague de complexité qui passe à travers la matière pour lui donner temporairement conscience.
Ne serais-je qu’une déformation de l’équilibre thermodynamique? Une onde de complexité qui se déplace dans le substrat que sont la matière, l’espace et le temps?
Je suis tenté par cette allégorie qui me vient à l’esprit.
Il y a cet océan de chaos sur lequel se propagent des ondes. Mais ces ondes ne sont pas toutes du même acabit. Il y a des ondes de complexité et des ondes de matière. En fait, ce ne sont pas des ondes à proprement dire, mais plutôt des solitons de densité de complexité et de matière. Mais un soliton, c’est une sorte d’onde n’est-ce pas? Alors soit, des ondes. Et qu’arrive-t-il quand une onde de complexité rencontre une onde de matière? L’intéraction est court. Mais l’instant tient de la magie – à défaut d’un meilleur mot. Puisque pendant un court lapse de temps, l’entité ainsi formée prend, peu à peu, vie et conscience d’elle même. Elle se regarde alors avec étonnement. Quelquefois appeurée, d’autres fois émerveillée. Elle s’observe réagir, et elle observe aussi les autres avec la même curiosité, car les autres sont un peu comme elle, et les comprendre c’est aussi se comprendre. Et l’entité s’explore, explore sa condition, son environnement, son milieu d’existence. Et plus elle prend conscience des mystères de l’Univers qui l’entoure, plus elle s’étonne, plus elle s’émerveille. Car le merveilleux est que se sachant faite de matière inerte, elle ait pu en émerger, même pour un court lapse de temps et, surtout, le savoir. Bientôt ce court lapse de temps qui tire à sa fin devient une angoisse, un peu comme la déstabilisation du filet d’eau quand la source se tarit. Bientôt l’entité devra retourner là d’où elle origine, et cesser d’être. Et elle le sait. Elle ne veut pas, aucune entité ne le veut réellement, mais elle sait que c’est inévitable. Peut-être en viendra-t-elle même à accepter ceci et à simplement atteindre cet état qui est tout simplement reconnaissant d’avoir simplement existé pour connaître. Puis, les ondes du départ se scindent, matière et organisation se séparent. La magie est brisée. L’entropie qui avait fait un pas en arrière le temps de quelques cycles d’organisation reprend son dû et nivelle par le bas. Le chaos reprend son emprise. D’autres vagues se croisent et se rencontrent, et formeront d’autres entitées. Mais celle qui a été ne reviendra jamais, elle a été unique dans cet océan infini de possibilités.
Je me souviens.
Être exposé à des idées révolutionnaires à un jeune âge, alors que l’esprit se défini, que la personnalité s’échafaude, que la vision du monde s’élargit et tout en devenant plus précise, peut avoir des répercussions pendant toute une vie. Et je crois que ces répercussions sont, la plupart du temps, positives.
Mon goût prononcé de la lecture, combiné à la présence d’innombrables livres et magazines dans mon enfance ont fait en sorte que j’ai pu entrer en contact avec quelques idées grandioses assez tôt dans ma vie. Ces idées ont semé en moi le germe d’une attention particulière envers certains sujets, et ce germe continue de croître encore aujourd’hui.
Très jeune, j’ai mis la main sur un vieux livre écrit par Pierre Theillard de Chardin que j’ai lu d’un couvert à l’autre. J’étais fasciné par les idées audacieuses et originales de ce jésuite. Au coeur de ces idées Theillardiennes se retrouvaient des concepts de géosphère et de biosphère. Mais de Chardin allait beaucoup plus loin, il a aussi inventé le concept de noosphère (noos vient du Grec et signifie esprit – la noosphère est donc d’une sorte de conscience collective de l’humanité) et certains voient Internet comme une des premières manifestations de la noosphère de Theillard de Chardin. Dans le même ordre d’idée, les termes d’infosphère, ethnosphère, sociosphère, etc. sont apparus plus tard. Mais Theillard de Chardin avait pressenti avant tous les autres. Un autre point central des théories de Theillard de Chardin est ce qu’il appelait le point Omega, qu’il définissait comme l’apex vers lequel la conscience évolue; une sorte de point de convergence de l’évolution vers une unité finale. Il faut dire ici que les idées de Theillard de Chardin lui valurent d’être exilé et interdit de publication par l’Église…
Je retrouve ce même concept de convergence dans mes lectures courantes comme les écrits de Ray Kurzweil (The age of spiritual machines et The Singularity is near). Dans The Singularity is near, Kurzweil soutient que l’évolution va en s’accélérant. Et il parle non seulement de l’évolution biologique, mais il englobe aussi dans sa définition de l’évolution la technologie et les idées. Il présente un diagramme fascinant (je joins ci-dessous la version qui est sur wikipedia – cliquez sur le graphique pour le voir en grand format.)
Ce graphique est construit à partir de 15 listes différentes d’événements de l’histoire. Les listes proviennent d’auteurs indépendants, entre autres, Carl Sagan, Paul D. Boyer, Encyclopædia Britannica, American Museum of Natural History et l’Université de l’Arizona. Les données sont présentées sur une échelle logarithmique.
On peut lire le graphique de la façon suivante: plus on remonte dans le temps, plus le temps entre deux événements importants est grand. On peut aussi phraser ainsi ce diagramme: l’évolution s’accélère.
Kurzweil voit clairement dans ce graphique un motif présent dans toute l’histoire, prédatant même l’apparition de l’humain ou de la vie sur Terre. En fait, on peut voir dans ce graphique l’indication de la présence d’une loi universelle d’évolution et de complexification qui sous-tend toute l’Histoire depuis le début de l’Univers jusqu’à nos jours et qui inclut dans un même souffle la formation des atomes, des galaxies, de la Terre, de l’ADN, de l’homme, la société et de la technologie. Et il est impressionnant de voir la régularité de cette loi en dépit des échelles de temps et d’espace, et du chaos dans lequel elle s’inscrit.
Quand on parle de grandes idées, c’est comme ça que je les aime!
La physique des hautes énergies, qui sert à expliquer le fondement même de notre réalité, est totalement contre-intuitive. Notre intuition étant basée sur un modèle que nous nous faisons de la réalité à l’échelle de notre perception, lorsque nous essayons de comprendre les autres échelles de la réalité, notre modèle n’est plus valide et nous devons tenter de trouver des analogies afin d’en comprendre l’essence. Ainsi, au bas de l’échelle de la complexité (si on peut parler ainsi), les dernières théories de la physique parlent de cordes à une dimension qui, en vibrant, donnent les différentes particules sub-atomiques observées. Ces cordes, selon les théories, vibrent dans un univers à 6, 7, 10, 11 ou 26 dimensions (je vous ai prévenu, notre intuition fou le camp!). De quoi sont faites ces cordes? De morceaux d’espace-temps ou d’énergie qui vibrent… (that’s it, fini l’intuition!
Peu importe de quoi sont faites les particules élémentaires, sur une échelle plus élevée, elles existent et composent la matière telle que nous la connaissons. Les électrons, protons, neutrons, photons, etc font partie de cette famille. Chacune de ces particules possède des propriétés qui lui sont propres et qui la distingue de ses soeurs. Parmi ces propriétés, on retrouve la masse (ou l’énergie au repos), la charge (électrique), le spin (moment angulaire intrinsèque), etc. Ces propriétés sont bien mesurables quantitativement et très bien connues. Cependant, il est possible de rassembler ces diverses particules élémentaires, de les organiser en un système complexe où elles peuvent échanger de l’information entre elles (au moyen de photons et de gluons). Agencées de telle sorte, il advient que les conditions soient telles qu’elles forment un nouvel élément appelé « atome ». Or cet atome ainsi formé possède un nouvel ensemble de propriétés qui se situe à un autre niveau: des propriétés chimiques. Il est impossible d’extrapoler les propriétés chimiques d’un atome à partir des propriétés connues et mesurées des particules composant l’atome. Le fait d’organiser certaines particules élémentaires diverses en un système complexe et organisé et doté d’un système interne de communication efficace et opérationnel donne naissance à une valeur ajoutée imprévisible: les propriétés chimiques de l’atome.
Faisant abstraction des composants internes de l’atome, considérons celui-ci comme un composant élémentaire relatif au nouvel ensemble de propriétés qui viennent d’apparaître. Chaque atome possède à son tour des propriétés qui lui sont propres (masse molaire, électro-négativité, etc.). Ces propriétés sont mesurables quantitativement et mesurées (n’importe quel tableau périodique liste les propriétés chimiques des éléments (atomes)). Il est possible d’organiser divers atomes en un système complexe et organisé. Ces systèmes complexes sont des molécules. Parmi les molécules les plus complexes, on retrouve les molécules organiques, qui composent, par exemple, les acides aminés. Ces molécules très complexes (molécules organiques) possèdent à leur tour des propriétés qu’il est impossible d’extrapoler à partir des propriétés chimiques des atomes qui les composent. Diverses molécules organiques peuvent, à leur tour, s’organiser en système beaucoup plus complexe, et doté d’un système de communication lui-aussi très complexe: la cellule. À ce niveau-ci, une nouvelle propriété imprévisible apparaît: la vie.
Diverses cellules vivantes (spécialisées) peuvent être organisées en un système encore plus complexe, possédant une infrastructure de communication tout aussi complexe: un organisme. A ce niveau-ci, une nouvelle propriété imprévisible apparaît: la conscience, l’intelligence, l’esprit. Ici je considères que les animaux ont divers niveau de conscience selon leur place dans le temps et dans l’échelle de l’évolution. L’être humain est pour l’instant considéré comme le plus évolué des animaux sur cette planète.
La société (le village global) que nous construisons, l’essors technologique qui permet les communications et qui complexifie notre société s’insèrent dans l’ordre des choses. Nous faisons partie d’un grand plan, d’un sens, qui débute aux résonances énergétiques que sont les cordes composant les particules élémentaires et qui se poursuit avec notre propre existence. Nous sommes un maillon dans la chaîne qui débuta quelques 15 milliards d’années plus tôt. Nous sommes un maillon d’une chaîne qui débute à des échelles de temps et d’espace infiniment petit. Pour la première fois, il est peut-être possible de commencer à répondre objectivement à quelques questions fondamentales: D’où venons nous? Où allons nous? Qui sommes nous? Pourquoi sommes-nous?
À travers tout ceci, peut-être y-a-t’il un sens à l’évolution Darwinnienne et celle-ci s’insère-t-elle dans une perspective plus globale où la physique, la chimie, la biologie, la psychologie et la sociologie prennent un sens clair les uns par rapport aux autres et s’alignent avec élégance et simplicité.
Je vais y revenir.
Je relisais aujourd’hui un poème extraordinaire de William Blake: Auguries of Innocence. Un passage va comme suit:
[...] He who shall teach the Child to Doubt The rotting Grave shall ne'er get out. He who respects the Infant's Faith Triumps over Hell & Death. [...]
Je suis tout à fait d’accord pour respecter la foi d’un enfant, car les enfants n’en ont jamais aucune. On ne naît ni Chrétien, ni Musulman, ni Bouddhiste. On naît sans croyances ni connaissances, seulement avec un tas de prédispositions et d’indispositions génétiques et dans un milieu dont la culture nous influencera. La confession dont nous héritons est purement accidentelle, selon l’endroit et le moment où nous devenons. Ainsi, je suis né en Charlevoix, au Québec, de parents catholiques, j’ai alors hérité de cette culture et de cette foi – dont je me suis affranchi beaucoup plus tard. Si ma naissance eut lieu en Afrique du Nord, j’eu hérité fort probablement d’une croyance Musulmane. Si ma naissance eut lieu il y a 3000 ans ailleurs, j’eu probablement cru en des dieux aussi divers que les mystères qu’il expliquaient tant bien que mal. La croyance est relative.
Les religions furent fort probablement nécessaires pour que l’humanité puisse émerger du chaos et du désordre qu’imposent la survie et la lutte sauvage dans un environnement où tout et tous semblent hostiles. La fin de l’âge de bronze vit apparaître les premiers systèmes sociaux et religieux organisés. L’humanité a pu sortir de l’enfance et sa période d’adolescence s’est poursuivie à travers les émotions fortes que gèrent et génèrent les religions et les régimes politiques stricts. Nous avons quitté l’âge de bronze depuis longtemps déjà. Il est peut-être temps de faire le point et de regarder non seulement le chemin parcouru, mais aussi celui à parcourir.
Si j’extrapole sur ce que nous pouvons devenir, je vois une continuation du nettoyage des superstitions à l’échelle humaine. Nous allons avoir de moins en moins peur que Zeus nous foudroie, qu’Osiris nous prenne en grippe, qu’Odin soit en colère contre nous. Nous allons continuer à progresser en Science et en Connaissance, abandonner lentement les religions-réponses ou les religions-craintes, passer par une phase de religiosité plus intérieure et subtile qui va finalement se dissiper. Les montées du radicalisme religieux observables depuis quelques années ne sont, à mon avis, qu’un soubresaut, une réaction devant l’inévitable triomphe de la raison et de l’évolution de l’humanité. Comme tout virus (de l’esprit), ces idées passéistes vouées à s’éteindre tentent désespérément de survivre.
Nous allons aussi progresser du côté des lois et des systèmes politiques. Un jour peut-être n’aurons-nous plus besoin de lois. L’être humain sera suffisamment évolué pour prendre en considération les autres dans son schéma de réactions et sera capable d’agir sans lois autres que la raison. Les lois évolueront lentement non plus vers des interdictions, mais plutôt vers des conventions – on s’entend que tous conduisent à droite (un choix arbitraire, d’où le nom de convention) – ça évite les accidents, que la lumière rouge veut dire de ne pas passer – ça évite aussi les accidents, etc. On suivra ces conventions non pas parce qu’il y aura une loi punitive la renforçant, mais parce que cela a tout simplement du sens et est raisonnable.
Un jour peut-être l’égoïsme et la cupidité seront aussi évacués de notre bagage génétique. J’y reviendrai dans un autre billet.
Alors, considérant cette vision de notre devenir, je répondrai aux vers de Blake par ces vers-ci:
Celui qui permet à l'enfant d'éviter les superstitions, En lui ouvrant le coeur, l'esprit et la raison, Celui qui montre comment sereinement douter, Triomphe des peurs obscures et des arbitraires sanctifiés.
Un jour…
Marcher est un déséquilibre contrôlé. Marcher est l’action qui permet d’avancer – peu importe la direction – et consiste à imposer un léger déséquilibre dans la direction voulue et à agencer ce débalancement (je sais ce n’est pas un mot…) avec un mouvement plus ou moins mécanique, mais coordonné des membres porteurs.
Or il semble qu’un débalancement semblable, mais à un niveau plus fondamental fasse partie du tissu profond de laquelle la race humaine se définit. Un genre de défaut de fabrication qui fait que nous ne soyons pas tout à fait heureux et qui nous fait aspirer à mieux. Ce déséquilibre mental nous incite alors à tenter d’améliorer notre condition et par tous les moyens possibles. Bien sûr, ce gène du déséquilibre est plus ou moins observable selon l’individu, mais il semble qu’il soit relativement prédominant et universel. Je parle de gène ici, je n’ai aucune idée si un tel gène existe, je veux seulement signifier quelque chose qui fait partie intégrale de ce que nous sommes, de nos origines et de notre fondement.
Si un déséquilibre n’est pas accompagné d’une démarche, il mène inexorablement à une chute. Nous avons alors tendance, naturellement, voulant inconsciemment éviter la chute, à entreprendre une démarche. Les démarches en ce sens sont multiples: certaines sont curatives (science, introspection, création), d’autres fuyante (drogues, travail), et enfin d’autres sont plus illusoires (religions, déni). Mais ce sont tous des démarches conséquentes à ce déséquilibre humain.
Il arrive aussi quelquefois que nous retrouvions un certain équilibre, ou qu’un individu ait toujours été équilibré (qui ne se pose pas de ces questions). Le temps alors passe sans vraiment que nous le voyions. Puis, un événement important, nous rapprochant de l’absolu, survient et nous donne un coup tel que notre équilibre est rompu et nous sommes alors replongés dans une démarche. Il est plusieurs ce des événements au cours d’une vie pour nous remettre en marche; mort d’une personne chère, handicap, perte, accident, maladie. Mais toujours, chaque être humain, un jour ou l’autre, vivra une remise en marche, aussi appelée remise en question. Ces périodes sont plutôt désagréables, douloureuses et même atrocement souffrantes. Elles sont teintées de souffrances non physique et qui stimulent quand même ce réflexe que nous avons encore tous de nous éloigner de la souffrance – et dans ce cas-ci, l’éloignement devient impératif et nous cherchons un autre palier de stabilité.
Les créateurs, les scientifiques et les artistes sont les personnes les plus sensibles à cette situation. Ceux-ci réussissent à harnacher, canaliser et à transformer la recherche du palier suivant en une riche source d’inspiration à travers leurs émotions, leur intelligence et leurs talents.
Un peu comme un anti-douleur, si la science vous offrait un jour une pilule (elle le fera probablement), aux effets irréversibles, vous permettant d’être définitivement heureux, une pilule bleue disons pour faire référence à la Matrice, la prendriez-vous? Habituellement, quand nous sommes en dehors des souffrances du déséquilibre, notre tendance est de répondre non. Mais quand on éprouve cette souffrance, on ne veut qu’en sortir et on la prendrait cette pilule bleue. La condition humaine est une espèce d’état bimodal instable: quand on se questionne, on veut des réponses et quand on ne se questionne pas, on veut des questions. Nous sommes condamnés à progresser.
J’ai connu des artistes à qui j’ai posé cette question de la pilule bleue, et leur réponse était unanime – Non! Notre condition humaine fait de nous des chercheurs, des créateurs, des poètes. Pour beaucoup, le bonheur est plus une démarche qu’une destination. Un peu comme cette carotte accrochée au bâton qui est lui-même attaché à l’âne. Notre inconfortable condition humaine nous permet non seulement de nous dépasser, mais aussi, elle est la force motrice par lequel l’humanité progresse et, peut-être même, elle est ce par quoi l’univers se connaît lui-même et devient plus. Dans le fond, peut-être n’est que la façon qu’a la nature pour transcender et continuer l’évolution au-delà de la sélection naturelle…
Ce déséquilibre qui nous a un jour fait sortir de la savane, nous conduira un autre jour jusqu’aux étoiles, et encore plus loin.
Les Tibétains ont une prière qui demande d’apporter des souffrances afin qu’ils puissent progresser. Je ne suis définitivement pas le premier à tenir ces propos. Heureusement.







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