L’Épopée

On 2010/05/12, in Science, by admin

Sous la gigantesque pression de la plus faible force de l’univers, deux noyaux d’hydrogène entrent en collision, surpassant leur forte répulsion électrique et se fusionnent en formant un noyau de deutérium. L’un des protons s’est transformé en neutron en émettant un anti-électron (aussi appelé positron) et un neutrino. L’anti-électron s’annihile presque immédiatement avec un électron libre en émettant deux photons de très haute énergie (des rayons gamma). Ces photons gamma parcourent environ un dixième de millimètre, puis sont absorbés et aussitôt ré-émis dans une autre direction aléatoire. Dans cette autre direction, encore un dixième de millimètre et une autre absorption suivie d’une autre ré-émission. Le photon poursuit sa route ainsi, au hasard des absorptions et ré-émissions qui se répètent une quantité innombrable de fois (1 suivi de 18 zéros), en se scindant peu à peu en des photons de moindre énergie pendant environ cent mille ans après quoi il émerge à la surface su soleil. Il lui aura fallu cent mille ans de démarche aléatoire, millimètre par millimètre pour quitter le centre du soleil et enfin arriver à sa périphérie. Au moment où il quitte la surface du soleil, le neutrino du départ, lui, quitte la Galaxie, n’ayant interagi avec rien – d’où son nom.

À sa dernière ré-émission, le photon se propage en ligne droite et, 8 minutes plus tard, sa vitesse est ralentie encore – très légèrement cette fois-ci – alors qu’il entre dans l’atmosphère terrestre. Certains des autres photons qui ont quitté le soleil en même temps que lui seront rediffusé par des poussières en suspension dans l’atmosphère dans toutes les directions – et plus leur longueur d’onde étant petite, plus ils seront diffusés dans toutes les directions – colorant ainsi le ciel en bleu et les couchers de soleil en rouge. Mais notre photon, lui, continue en ligne presque droite, changeant à peine perceptiblement sa direction à mesure qu’il traverse des cellules de température différentes pour entrer en collision avec quelques molécules organiques. Heureusement, sa longueur d’onde faisant en sorte qu’il soit réfléchi par la peau d’un visage plutôt qu’absorbé, il repart dans une autre direction pour quelques nano-secondes avant de rencontrer une minuscule surface noire transparente d’environ 3 millimètres de diamètre.

Il aura tôt fait de traverser cette surface, subissant une déviation de quelques degrés, puis traverse à tour de rôle l’humeur aqueuse et l’humeur vitrée pour arriver à la rétine. À la rétine, le photon traverse une dizaine de couches différentes de cellules pour enfin être absorbé par un ensemble de protéines, au fond d’une formation forme de cône, qui se décomposent en partie quand exposés à la lumière. Cette première décomposition partielle s’effectue en un trillionième de seconde et rend l’ensemble de protéines instables et elles se transforment à leur tour en moins d’une seconde. La membrane extérieure du cône possède une charge électrique qui augmente grâce à la transformation des protéines, causant un minuscule courant électrique. Cette impulsion électrique remonte à travers la dizaine de couches de cellules vers l’intérieur de l’œil pour atteindre une cellule ganglionnaire qui retransmettent à leur tour l’impulsion électrique a un nerf optique. Ce dernier longe la paroi interne de l’œil jusqu’au point aveugle où, avec l’ensemble des autres nerfs optiques qui véhiculent tous leur influx électrique, replongent à travers la paroi interne de l’œil. Une partie des nerfs optiques traverse de l’autre côté du cerveau alors que les autres restent du même côté.

Cependant, les deux groupes de nerfs transportent chimiquement l’impulsion jusqu’à une région située derrière la tête – le lobe occipital – où les influx électriques sont séparés et activent un ensemble de neurones. Certains de ces neurones ainsi activés réagissent de façon cohérente aux influx électriques et stimulent d’autres groupes de neurones, certains contrôlant les émotions, d’autres déclenchant des souvenirs, d’autres encore une réaction de contractions d’une dizaine de muscles faciaux. Ces mouvements du visage seront interprétés, grâce aux épopées d’innombrables autres photons, chez un autre être humain, comme un sourire.

La science nous permet de découvrir une enivrante vision d’unité et d’interconnectivité dans la complexité où nous évoluons. L’illusion est de penser que les objets sont séparés et que les choses sont telles que la commode perception du monde que nous échafaudons dans notre esprit. La curiosité critique et le courage d’explorer outre notre confortable conception du monde sont réellement le fil d’Ariane qui nous fera quitter le labyrinthe de l’ignorance et des superstitions pour enfin émerger à notre véritable potentiel, sans chimères ni minotaures, avec optimisme, curiosité… et liberté.

Inspiré de textes de Colin Blakemore et V.S. Ramachandran.

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3 Responses to “L’Épopée”

  1. le neurone ectopique dit :

    J'ai entendu mon nom ?

    le neurone

    P.S. plus sérieusement, il est possible que j'émette un commentaire à tendance intelligente d'ici la fin de mes émissions mais les probabilités sont aussi faibles qu'une victoire des Canadiens dans un septième match, peu importe contre qui.

  2. Moukmouk dit :

    Pourquoi fait-il noir la nuit ? répondre à des questions qui semblent si simple, a fait avancer la connaissance. C'est en s'émerveillant devant la beauté des choses qu'on finit par comprendre. Merci

  3. Gabriel dit :

    Billet intéressant!

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