Ce billet est hautement spéculatif. C’est ma prédiction sur la stratégie d’Apple que je fais basée sur l’ensemble des produits d’Apple, les communiqués de presse, certains articles et la trajectoire que je perçois quand je combine le tout. N’achetez ni ne vendez des actions d’Apple basé sur ce billet – en tout cas, si vous le faites, je décline toute responsabilité. Je n’ai aucun contact avec Apple ou ses employés ni n’ai d’information privilégiée. Les spéculations qui suivent sont un educated guess, pas plus.
Maintenant que vous avez été prévenus, allons-y.
L’arrivée d’Apple dans le monde de la téléphonie via le iPhone a été révolutionnaire puisqu’ils abordaient le problème via l’angle des technologies de l’information au lieu de celui des télécommunications. De plus, Apple étant reconnu pour son perfectionnement de l’expérience de l’usager de bout en bout, les nouveaux acheteurs firent face à une inhabituelle façon de faire et une simplicité redécouverte. N’est-ce pas da Vinci qui a dit que la simplicité est l’ultime sophistication? Cependant, la véritable percée a été la combinaison du kit de développement (SDK) de l’iPhone, du magasin en ligne iTune pour les applications et le contenu et d’un appareil révolutionnaire – le iPhone lui-même. Le SDK a été véritablement instrumental dans le succès du iPhone. Incroyablement bien fait, facile d’utilisation, pouvant générer rapidement une application et son interface, le SDK a fait que le iPhone s’est clairement démarqué en nombre d’applications disponibles en comparaison à la compétition qu’aurait voulu représenter Blackberry, Androïd et Palm entre autre. Plus de deux milliards d’applications ont été téléchargées sur des iPhone/iPod Touch au 28 septembre 2009.
Mais le développement n’est pas tout. Apple a fourni un channel to market pour les milliers d’applications. Un coup une application construite, le développeur n’a qu’à la charger sur l’Apps Store, attendre quelques semaines qu’elle soit approuvée, et si tout va bien (il y a toujours des histoires de rejets d’applications plus ou moins arbitraires de la part d’Apple mais bon), commencer à recevoir 70% des revenus que l’application génère. Apple fournit l’entreposage, la promotion et la diffusion via iTunes, collecte l’argent et paye les développeurs. Un modèle incroyablement découplé, flexible et innovateur. Cette approche au marché a été le deuxième élément ayant contribué au succès majeur de l’iPhone.
Le iPhone lui-même est un tour de force. Muni de multiples senseurs (gravité – donc orientation 3D, magnétomètre – donc direction du nord, caméra vidéo, et son), cet appareil est de plus en plus considéré comme la première version du Tricorder de Star Trek. Le fait que ces senseurs peuvent être aisément accédés via programmation augmente sérieusement le niveau de créativité possible pour le développeur. Je ne m’étendrai pas davantage sur le iPhone, tant ayant déjà été dit. Il suffit de retenir que le iPhone est le premier représentant d’une nouvelle génération d’appareils de communications portatifs intelligents.
Bref, la combinaison SDK/iTunes/iPhone a permis de voir croître très rapidement le nombre, la diversité et l’originalité des applications. Cette combinaison permet aux développeurs de construire des applications verticales pointues ou génériques et de pouvoir atteindre leur clientèle cible facilement, exploitant la fameuse « long tail« , le « two-side market » (tous deux bien connus en marketing) et le « crowdsourcing« .
Le iPhone est un succès sur toute la ligne. Mais je pense que ce n’est qu’un début. Si on regarde la suite de produits d’Apple, on y voit aussi l’AppleTV et, le petit dernier qui devrait sortir quelque part en 2010, l’Apple Tablet. Plus je me penche sur ces deux derniers produits, plus je pense que nous sommes dus pour quelque chose d’intéressant comme ouverture technologique et comme innovation.
Regardons l’AppleTV pour commencer.
L’AppleTV est un set top box (STB) qui fait le pont entre votre téléviseur et le monde de l’informatique, incluant internet. Vous pouvez donc regarder des films ou des photos enregistrés sur votre Mac ou télécharger des films, des émissions de TV sur internet, etc. Les films et les émissions de TV peuvent être loués ou achetés, en HD (720p) via les serveurs d’Apple. Vous naviguez le catalogue en ligne via une interface conviviale et élégante (contrairement à l’interface du Scientific Atlanta Explorer 8300 que je possède présentement qui semble avoir été conçu par un enfant de 4 ans – et je ne veux pas insulter les enfants de 4 ans ici) et pour quelques dollars (quelquefois gratuitement), vous pouvez regarder un film autant de fois que vous voulez en 48h ou simplement l’acheter. L’Interface est rapide, à l’image du téléchargement. En soi, ce n’est pas mauvais, même si 720p n’est pas vraiment HD – parions que la prochaine version sera en 1080. Mais au lieu de nous limiter à ce qui est, regardons ce qui peut être possible. Imaginez un autre App Store inclus dans iTunes où des applications pour la TV peuvent être créées, via un autre SDK spécialisé pour AppleTV, par des développeurs selon le même modèle que pour le iPhone. Il y aurait des applications possibles comme (pour ne donner que quelques exemples):
- Widget montrant les prédictions météo locales superposées à votre écran
- Alarmes provenant de votre calendrier iCal ou de toute autre source
- Robot de suggestion d’émissions de TV basées sur votre historique
- Personnalisation de votre expérience usager
- Extension WEB aux émissions de TV (pour télécharger ou recevoir par courriel la recette dont on parle en ce moment, cliquez ici, pour plus d’information sur cette nouvelle, cliquez ici…)
- Afficheur de la personne qui vous appelle en ce moment sur votre iPhone ou votre ligne maison
- Augmentation de l’information affichée
- Achat en ligne (une toute nouvelle expérience des publicités et des infomerciaux pourrait être développée)
- Publicité de type « AdSense » pour la TV
- Affichage de messages
- Screenblankers
- Newsflash
- Sondages et votes
- Concours
- Interactivité avec d’autres téléspectateurs
- etc.
Une panoplie d’applications peut s’ajouter à l’expérience télévisuelle. Mais cette liste d’applications ne tient pas vraiment compte de l’effet réseau et de la production de contenu. Gardez à l’esprit qu’Apple est en train de construire en Caroline du Nord un des plus gros centre de données au monde – plus de 500 000 pieds carrés d’espace – nous allons utiliser cette information dans quelques secondes. Le Mac, c’est connu, vient avec toute une suite d’applications permettant de faire des films, des photos, de la musique, des conférences vidéo, etc. Cette suite d’applications permet à n’importe qui de créer du contenu. Vous me voyez venir. Le centre de données d’Apple mentionné plus haut va probablement permettre de sauvegarder votre contenu en ligne – avec un backup merci – pour que vous puissiez le partager gratuitement ou le vendre via iTunes… Vous voulez montrer à grand-maman votre dernier vidéo des enfants? Un clic et elle reçoit sur son AppleTV un message (et les droits d’accès) pour voir le vidéo en question. En plus de démocratiser le développement d’applications TV, on démocratise aussi la création de contenu. On devient tous producteurs, cinématographes, musiciens, conférenciers, etc. Utilisez Garage Band pour enregistrer votre composition, mettez-la sur iTunes et vendez-la en recevant 70% des revenus directs. Ajoutez une caméra à l’AppleTV – je ne serais pas surpris qu’elle soit incorporée à la prochaine version du matériel – et vous avez un système de conférence vidéo multi-usager avec iChat qui est déjà sur tous les Macs roulant OS X… En passant, ai-je mentionné que le iPhone et AppleTV roulent OS X?
L’AppleTV peut devenir un véritable concentrateur multimédia qui transformera dramatiquement l’expérience avec votre téléviseur. Et pourquoi ne pas utiliser votre iPhone comme télécommande? Après tout, ce n’est qu’une autre application…
Ce n’est pas tout.
Il est clair qu’Apple va présenter un nouvel appareil en 2010 et ce dernier sera fort probablement une tablette – voyez-le comme un gros iPod Touch avec un écran de 15 à 25 cm de diagonale. Le marché pour ce genre d’appareil me semble clair: principalement l’écrit (bien sûr, une telle tablette supportera la vidéo et sera connectée, mais je vais me concentrer sur l’écrit puisque ce n’est pas vraiment couvert par les autres appareils). Le monde de l’édition est en crise. En plus d’une désintermédiation de la chaîne de création de valeur, les tirages baissent parce qu’il y a une transition du marché traditionnellement imprimé vers l’internet. Le Kindle d’Amazon n’est pas étranger ou innocent face à cette transformation. Mais Apple, j’en suis certain, regarde ceci avec un œil très très très intéressé. Et je pense que la Tablette fait partie du dernier maillon de la stratégie d’Apple. Imaginez lire votre journal quotidien non plus sur du papier imprimé – activité après laquelle il faut prendre une douche souvent – mais, à résolution équivalente, sur un écran. Même chose pour les livres, ou les magazines – achetés aussi sur iTunes – dois-je le mentionner? Et je pourrai démarrer mon propre magazine et le publier sur ce futur iTunes (faudra qu’Apple pense à changer le nom de iTunes…), j’ai tout ce qu’il faut sur mon Mac ou mon PC. On peut aussi penser à augmenter l’expérience de lecture. Times Inc. développe une version de ses magazines pour la future Tablette en question et le résultat donne une idée très intéressante de ce qui est possible avec un tel appareil. Et ce n’est que le début. Il y aura aussi probablement un SDK, ou une extension des SDK précédents, pour que les développeurs aient accès au marché, aussi chapeauté par les iTune Stores au niveau des applications et du contenu. J’ai déjà couvert des possibilités du eBook ailleurs (surtout ici et ici), je ne le ferai donc pas ici. Encore une fois, la recette de succès du iPhone sera appliquée à la Tablette.
Cette stratégie hypothétique présentée dans ce billet repose sur la neutralité du réseau entre votre appareil et les serveurs d’Apple. Mais même dans le cas de traffic shaping, Apple a probablement les reins et la vision pour convaincre les cerbères de l’infrastructure réseau.
Voix, Vidéo, Musique, Écrit. Apple se positionne au centre de ce quadripôle et est en voie de devenir le prochain géant des médias, à partir de la création, en passant par la distribution, jusqu’à la consommation, autant du contenu que des applications.
La stratégie d’Apple est fortement unifiée et incorpore iTunes Store (pour distribuer le contenu), Apps Store (pour distribuer les applications), iPhone, AppleTV, Apple Tablet comme appareils terminaux, le Mac et ses applications (iMovie, GarageBand, iPhoto, Pages et Keynotes) pour développer le contenu, et les SDKs pour développer les applications. Le tout reposant sur OS X, un système d’opération stable, performant, élégant et prêt pour le futur. Une stratégie parfaite.
Bien sûr, ceci ne tient pas compte de la réaction des Microsoft, Google, Sony, Disney, TWC, Bertelsmann, Viacom, Murdoch et autres.
Mais bon, ce billet vaut ce qu’il vaut…
Écoutez la vidéo et si vous pensez que c’est important, alors je vous encourage à visiter le lien plus bas, et à contribuer – ce que j’ai fait.
L’épilepsie est une maladie du cerveau où des groupes de neurones déchargent anormalement en provoquant des sensations désagréables, des sentiments et des comportements étranges ou des crises, des convulsions musculaires ou une perte de connaissance. Lors d’une crise épileptique, les neurones se déchargent jusqu’à 500 fois par seconde alors que le taux normal moyen est d’environ 80 fois par seconde.
L’épilepsie du lobe temporal (ELT) est la forme d’épilepsie à crises partielles la plus fréquente. On a noté une panoplie de symptômes potentiels incluant (lisez attentivement cette liste!) l’hyper graphie (vouloir écrire tour le temps), hyper religiosité, évanouissements, verbiage, mutisme, asexualité (absence de sexualité), émotivité accrue, manie, dépression, sentiment de culpabilité, absence du sens de l’humour, agressivité, colère, hostilité, sentiment d’une destinée personnelle, hyper moralisme, dépendance, paranoïa, obsession, etc. Le tout est aussi connu sous le nom de syndrome de Geschwind – du nom du premier chercheur, Normand Geschwind, qui a remarqué et catalogué ces traits associés à l’épilepsie du lobe temporal.
Quand je relis la liste des symptômes du syndrome de Geschwind, il me semble clair qu’il est tout à fait possible d’expliquer un énorme pan du phénomène religieux via le syndrome de Geschwind. Regardez la vidéo ci-dessous sous cet angle:
Je pose la question: est-ce que l’épilepsie du lobe temporal peut être induite, volontairement ou non, par des stimuli extérieurs? Je ne sais pas. Mais quand je considère les avertissements sur certains jeux vidéo, je suis tenté de penser que des stimuli extérieurs peuvent induire ou catalyser un état épileptique. Peut-être que plus on baigne dans un environnement de stimuli qui sont similaires aux effets d’une telle maladie du cerveau, plus on a tendance à développer ou catalyser cette maladie du cerveau. Une espèce de relation bidirectionnelle entre les symptômes et les causes dans ce cas très précis. Peut-être est-ce pourquoi il semble qu’on puisse traiter la dépression avec du lithium ou des antidépresseurs ou via des sessions de psychothérapie. Ce n’est qu’une hypothèse que j’avance ici. Je peux me tromper royalement et il y a des gens beaucoup plus qualifiés que moi en cette matière. Je ne fais que poser une question.
Vilayanur S. Ramachandran (allez l’écouter donner la Reith Lecture 2003, absolument fascinante!) a exploré les bases neurologiques de l’hyper religiosité dans les cas d’ELT en utilisant un galvanomètre connecté à la peau des individus. Un tel appareil connecté à la peau est en mesure de détecter aisément une réponse émotive. Son but était de déterminer si l’hyper religiosité des candidats ELT était due à une réponse émotive accrue en général ou si l’accroissement de la réponse émotive était spécifique aux stimuli religieux (Ramachandran and Blakeslee, « Phantoms in the Brain: Probing the Mysteries of the Human Mind« , New York: William Morrow, 1998). Il a montré à ses sujets des mots neutres, religieux, et sexuellement excitants tout en mesurant la réponse galvanique de la peau. Ramachandran a été en mesure de mettre en évidence que les patients souffrants d’ELT exhibaient une réponse émotive accrue avec des mots religieux, une réponse diminuée avec des mots à caractères sexuels, et une réponse normale avec des mots sans connotations. Ces résultats suggèrent que le lobe temporal est impliqué dans la génération de certaines réponses émotives associées aux mots, images et symboles religieux.
Beaucoup de religieux se sentent menacés par la théorie de l’évolution par la sélection naturelle de Darwin. Peut-être feraient-ils mieux de garder un œil du côté des neurosciences, car quelque chose me dit qu’une autre révolution de type Copernicienne s’y prépare, et cette fois, le débat va dépasser de loin la philosophie et la science…
Suite à mon billet sur le eBook, j’ai reçu un commentaire dissident d’imaginezautrechose. Je crois qu’elle présente quelques arguments intéressants et plutôt que de répondre en un commentaire, j’ai décidé d’y aller d’une suite à mon billet sur le eBook.
Il est évident que passer au livre électronique fera en sorte que nous devrons laisser derrière nous quelques artéfacts romantiques. Il est très vrai que l’odeur d’un vieux livre qu’on ouvre, ou l’atmosphère d’une bibliothèque, ou le bruit d’une page mince qu’on tourne font partie de l’expérience positive de la lecture. À chaque pas technologique, on a d’ailleurs observé ce type de deuil, mais ceux qui ont eu à les vivre en ont décidé ainsi, car ils ont vu plus d’avantages que d’inconvénients dans la passation à une autre technologie. C’est souvent une question de commodité. Voici une brève liste de changements technologiques que nous avons vécu dans l’histoire et qui ont impliqué un tel choix (je vous invite, pour chacun des éléments de la liste, à vous arrêter quelques secondes et de penser à ce qui a été perdu et à ce qui a été gagné):
- disque en vinyle vs le disque compact,
- musique en ligne vs CD,
- VHS vs DVD,
- DVD vs Blueray,
- photographie vs peinture,
- enregistrement vs performance live,
- automobile vs cheval,
- peinture à l’huile vs peinture à base d’œufs,
- réplication manuelle vs Gutenberg,
- écriture vs tradition orale,
- argent vs troupeau de chêvre
- etc.
Se faire vacciner ou ne pas se faire vacciner.
On a tout entendu.
C’est un complot des dirigeants planétaires pour réduire la population mondiale en nous tuant via un vaccin.
C’est Donald Rumsfeld qui a tout manigancé pour devenir riche.
Le vaccin n’est pas efficace.
Le vaccin n’est pas testé.
Le vaccin est dangereux.
Les effets secondaires sont inacceptables (paralysie, etc.).
Le Dr. Zaffran (alias Martin Winckler) a raison.
Crèvecoeur dit vrai.
Bref, on a toute la panoplie.
J’en ai marre et je jette un pavé dedans moi aussi.
Pour mieux comprendre la décision des gouvernements face au H1N1, je me permets un bref retour à notre histoire récente afin d’aligner quelques faits.
Il y a eu une pandémie H1N1 au début du siècle. Entre mars 1918 et juin 1920 il y a eu le tiers de la population planétaire de l’époque a été infecté par le virus. Il y a eu entre 50 et 100 millions de morts. Essayez d’imaginer, entre 50 et 100 millions de morts.
On parle depuis des années de la possibilité d’une pandémie comme au début du siècle. L’immunisation de la population face au virus grippal A(H1N1) a sérieusement diminué. Ceux qui sont nés après 1950 ne sont pas nécessairement immunisés puisqu’ils n’ont pas été directement exposés au virus. Et cette tranche de la population compose la plus grande partie de la population active – le baby-boom et son écho.
La grande majorité de la population mondiale habite le nord de l’hémisphère.
Un virus résiste mal à la haute température. C’est d’ailleurs pourquoi le corps hausse sa température pour combattre un virus – on appelle ceci la fièvre. C’est d’ailleurs pourquoi il y a plus de grippes en hiver qu’en été. L’été il fait trop chaud et le virus peut difficilement survivre.
L’hémisphère nord de la planète se refroidit en automne et en hiver. La majeure partie de la population mondiale passe donc en mode hivernal en octobre/novembre/décembre/janvier/février et devient par conséquent plus susceptible à l’infection grippale. C’est d’ailleurs pourquoi on a observé une première vague en mars 1918 qui a fait peu de morts. Le virus a commencé son œuvre au printemps, a été stoppé pendant l’été et a explosé à la fin de l’automne.
Un des facteurs qui a aidé la propagation du virus en 1918 fut le retour de la Première Guerre. Ceci a permis de largement distribuer l’infection virale et à augmenter le taux de mutation – plus il y a propagation, plus grandes sont les chances de mutation.
Depuis 10 ans, l’économie est mondialisée; les transports et le mouvement des individus dépassent grandement la mobilité observée au début du siècle, même en considérant les mouvements de troupes de la guerre.
Est-ce que vous commencez à voir une situation se développer? On a les ingrédients pour un « perfect storm ».
Maintenant, ajoutons quelques autres faits.
On vient de passer à travers la pire crise économique des 50 dernières années. Imaginez un pourcentage élevé de la population active touché pendant plusieurs jours par une incapacité de produire et ceci, étalé sur plusieurs semaines voire quelques mois. Les effets économiques sont probablement importants aux yeux de nos politiciens favoris pour lesquels nous votons.
Souvenez-vous, il y a quelques années, le scandale de la croix rouge. On disait que les responsables savaient que le sang était contaminé et qu’ils n’ont rien fait. Qu’ils ont même tenté d’étouffer l’affaire. Des poursuites criminelles s’en sont suivi. Certains pays ont même des lois responsabilisant les dirigeants des ONG.
Mettez-vous à la place des responsables gouvernementaux.
Aimeriez-vous être ministre de la Santé publique et avoir sur les bras des milliers de morts en n’ayant rien fait pour prévenir une propagation virale? Imaginez les poursuites légales contre les gouvernements et les responsables si un pays n’achète pas assez de vaccins ou ne sonne pas le signal d’alarme. Même si la pandémie devait de loin être insignifiante face à celle du début du siècle, les dirigeants ne peuvent rester les bras croisés et attendre de voir ce qu’il va se passer.
C’est pourquoi on entend tant parler de ce fichu A(H1N1). C’est pourquoi on a acheté 50 millions de doses au Canada. C’est pourquoi il va y avoir des campagnes de vaccination, peu importe le prix. Les lois et notre histoire récente font que le gouvernement se protège.
Dans tout ceci, je n’ai parlé en rien de la validité scientifique de la vaccination en général ni du fait qu’un vaccin présente statistiquement des effets secondaires dramatiquement moins importants que le virus qu’il combat. Ici, j’utilise le mot « statistiquement » car il y aura toujours des cas isolés, anecdotique quoique dramatique, où on confond corrélation et causalité, où, dans les rares cas où il y a causalité, « shit happens ». Si on vaccine 100 000 personnes, 50 000 n’auraient pas eu la grippe, 45 000 l’aurait eu et auraient passé à travers sans problème, 4000 en aurait été sérieusement affectés, mais ne le seront pas, 999 en seraient morts, mais ne le seront pas et 1 aurait subi des effets secondaires pas vraiment pas enviables…
Pour cet individu qui est victime des effets secondaires, c’est clair que le vaccin est pas jojo. Mais les 999 qui seraient morts et qui ne le seront pas (de cette cause immédiate) parce qu’ils ont été vaccinés, ça a valu la peine. Mais, encore une fois, ils ne le sauront jamais.
Alors, on a le choix.
On se fait vacciner et on augmente nos chances de survie, ou on ne se fait pas vacciner et on s’assure de ne pas avoir les très rares effets secondaires.
Pour ceux qui disent qu’ils ne se font pas vacciner parce qu’ils refusent d’enrichir les pharmaceutiques, je leur demande d’être conséquent et de ne plus enrichir les pétrolières ou les Monsanto, ou toutes les compagnies qui vendent un service en échange de votre argent. Je leur demande aussi de ne plus prendre d’aspirines, ou de tylenol, ni d’antibiotiques, ou d’anovulants, bref, rien qui risque d’enrichir des pharmaceutiques… Mais risquer d’infecter les autres en augmentant ses chances d’être porteur d’un virus potentiellement mortel à cause d’un entêtement idéologique s’approchant du dogmatisme ou de l’endoctrinement est irresponsable et socialement répugnant.
Pour les autres, je demande juste de ne pas vous laisser aller dans l’hystérie généralisée des manigances internationales, des fins du monde en 2012 et des complots planétaires. Revenez aux faits. Utilisez votre intelligence et votre objectivité.
Faisons une analyse très simpliste, mais combien révélatrice. Il y a quatre possibilités, comme illustrées dans le graphique ci-contre.
Il y a les colonnes qui représentent notre choix. Puis les rangées qui représentent la réalité que nous ne connaissons pas encore – en effet, on ne sait pas encore si la pandémie sera meurtrière ou juste une peur orchestrée.
Peu importe les carrés verts (ou vert-jaune). On s’entend qu’il faut éviter à tout prix le carré rouge. Pour l’éviter, on peut toujours compter sur la chance et espérer que la pandémie soit bénigne. C’est un coup de dé hors de notre contrôle. On peut par contre prendre la décision que peu importe si la pandémie est bénigne ou maligne, on met les chances de notre côté et décide de se faire vacciner.
Si ce vaccin augmente votre chance de survie de 1% (c’est probablement plus), mais présente une chance sur 1 million de vous laisser handicapé (le syndrome de Guillain-Barré se traduit par des paralysies généralement régressives en quelques jours), que choisissez-vous? Là est la véritable question.
Je n’embarque pas dans la théorie des complots des pharmaceutiques.
Ni dans l’anecdotique.
Ni dans l’euphorie.
Mais moi, je vais me faire vacciner. Et je vais inciter mes enfants à faire pareillement.
J’ai déjà perdu un enfant à un virus. Je vais donc m’arranger pour minimiser les chances que cela se reproduise.
Point.
Hier il y avait une chronique chez Christiane Charrette à la radio de Radio-Canada sur les livres électroniques. On parlait des différents lecteurs de eBooks: le Kindle, le Reader de Sony, le iPod/iPhone d’Apple, l’Androïd de Google… La conversation entre Bruno Guglielminetti et Michel Tremblay tournait autour de la grosseur des polices et de l’écran et combien les éditeurs sont réfractaires à cette nouvelle vague puisque les livres en version électronique coûtent moins chers et qu’ils ne font presque plus de profit. En passant, ces mêmes éditeurs oublient de mentionner que seule la première copie d’un livre électronique coûte quelque chose à produire – toutes les autres copies ne coûtent rien, absolument rien à produire – seulement un partage de revenu avec l’AUTEUR, le créateur, la source sans qui il n’y aurait pas de livre en premier lieu. Alors, produire 1 ou 1 milliard de livres coûte la même chose. Sachant ceci, je suis content pour les auteurs qui vont, je l’espère, savoir profiter de la situation et obtenir un salaire décent pour leur œuvre.
Je comprends pourquoi les éditeurs tremblent! On ne parle pas d’un petit changement, mais d’une désintermédiation de la chaîne de valeur de l’industrie de la publication. Quel sera le rôle des éditeurs? Plus besoin d’imprimer, de relier, de distribuer dans les libraires. Plus d’arbres sacrifiés (d’ailleurs, l’industrie du bois a aussi besoin de sérieusement se réformer). Plus d’éditions épuisées. Plus de back order. Plus de files d’attente pour obtenir le dernier Harry Potter… Alors comme auteur, pourquoi irais-je voir un éditeur pour publier mon livre alors que je pourrais le charger directement sur une espèce d’iTunes pour les livres où les gens peuvent l’acheter et d’où je recevrais directement 70% des revenus de chaque vente? Les éditeurs ont raison de trembler – il peuvent très bien n’être réduits qu’à de simples critiques de livres parmi tant d’autres. De plus, terminé les rejets des éditeurs. Tu écris, tu publies, tu récoltes si c’est bon. Ce changement total de cette industrie est une étape normale dans la démocratisation et de la désintermédiation de cette industrie. Mais c’est une étape qui fera mal et je comprends parfaitement pourquoi un grand pan de cette industrie crie haut et fort (en utilisant souvent les droits d’auteur comme support moral). Et ce pan de l’industrie englobe les papetières, les éditeurs, les imprimeurs, les distributeurs, les librairies, etc. Seuls les véritables créateurs (écrivains, illustrateurs, typographistes, monteurs, etc.), bref, ceux qui sont les moins payés et dont l’apport est le plus grand dans cette industrie survivront, car ils ont leur raison d’être dans le processus de création; ils sont indispensables. Je sens d’ici la résistance de l’argent.
Sauf que la transformation est commencée.
Il nous est maintenant possible d’accéder à une quantité incroyable de grands classiques via le projet Gutenberg (dont des centaines en français). Terminé de payer 15$ pour une réédition d’un livre de deux cents ans…
Cependant, peu de gens semblent penser aux nouvelles possibilités que vont permettre ces nouveaux appareils en particulier et le livre électronique en général. Et c’est ce que j’aurais aimé entendre de la part de Bruno Guglielminetti – mais avait-il seulement le temps d’aller jusque-là – même si c’est lui qui est le réalisateur de cette émission? (Je vais éventuellement bloguer sur la place faite à la science et la technologie dans les média)
Imaginez que l’écrivain puisse préparer son livre et modifier certains passages selon l’heure ou le lieu où vous le lisez. Imaginez que l’auteur puisse changer des passages en temps réel, pour les corriger ou les améliorer. Imaginez la formation de cercles de lectures où vous pouvez synchroniser les différents lecteurs afin qu’ils puissent échanger sur un chapitre sans voir le chapitre suivant, ou se laisser des commentaires, ou des idées. Imaginez que vous puissiez suggérer des améliorations à l’auteur d’une œuvre en ajoutant une note sur un passage particulier. Imaginez que pour chaque faute que vous corrigez dans un livre, vous obteniez un remboursement sur votre achat – et que cette correction soit poussée chez les autres consommateurs qui l’ont acheté et sur la version originale. Imaginez que vous puissiez avoir accès à des images, des films, des figures en 3 dimensions, des compléments d’information multimédia relatifs au livre, à un personnage, à un lieu, à une émotion, à une démonstration, à une cène de crime. Imaginez pouvoir poser des questions à l’auteur. Imaginez que vous puissiez traîner avec vous tous les livres de votre bibliothèque. Imaginez que vous ayez accès sur votre lecteur électronique à tous les livres qui n’ont jamais été écrits dans toute l’histoire de l’humanité, et dans votre langue. Tout ceci, dans votre poche, dans votre lecteur de eBook. Imaginez comment l’éducation pourrait utiliser et profiter de nouvelles approches pour les livres de classe, les devoirs, les examens. Quelles sont les possibilités offertes aux enseignants pour personnaliser l’enseignement à un enfant en difficulté? Les possibilités sont enivrantes. Et ce n’est qu’une question de temps. La technologie pour tout ceci est soit déjà soi présente, soi en développement. Cette révolution va non seulement altérer notre façon de lire, mais aussi, fondamentalement, notre relation avec l’écrit, notre façon d’apprendre et de s’exprimer.
L’industrie du livre va vivre dans les quelques prochaines années une révolution aussi importante que ne le fut l’invention de Gutenberg. Je sais, on a dit ceci de l’Internet. Mais c’est plutôt le livre électronique qui va compléter cette révolution en apportant une redéfinition du quatrième écran. Le domaine de l’édition va être fondamentalement bouleversé. Les dinosaures vont tenter de lutter pour survivre et retarder l’inévitable. Mais des joueurs émergents vont voir et saisir les nouvelles opportunités, et ceux-là vont éventuellement dominer sur ceux qui périclitent. C’est ce qui arrive tout le temps.
Il est très intéressant de lire les commentaires laissés par les auditeurs suite à cette émission, même s’ils sont peu nombreux… pour l’instant.
Et ici, je n’ai parlé que des livres… Que dire des magazines, des quotidiens, et du reste du matériel imprimé?
Le futur est brillant.
Pour les Jeux olympiques de Vancouver en 2010, les athlètes arborent un chandail coloré avec la mention « Believe » (voir ici).
Malgré le stunt publicitaire évident, quelque chose m’agace.
J’ai fini par mettre le doigt dessus.
Malgré ce qui nous a été inculqué depuis des centaines d’années, voire des milliers d’années, croire n’est pas une qualité, ce n’est pas positif, bien au contraire. Croire c’est, selon le Robert, « Tenir pour vrai ou véritable », sans la nécessité de preuves ou d’évidences, même la plus infime. J’ai un problème avec ceci. Croire me semble bien plus être une forme de contrôle commode exercée par les autorités de toutes sortes, pour en arriver à leurs fins, peu importe la légitimité ou l’éthique de ces fins. (Lisez Machiavel – « Gouverner c’est faire croire »).
Croire me semble de plus en plus comme une pathologie manipulable, une forme d’irrationalité utilisable, une poignée dans le dos qui crie « Utilisez-moi! ».
Le pire est que croire est probablement profondément quelque chose acquis au fil de l’évolution. En version simplifiée, si un enfant de l’aube de l’humanité ne croit pas ses parents quand ils disent de ne pas aller se baigner dans l’étang infesté de crocodiles, il ne pourra probablement pas éventuellement propager ses gènes de scepticisme…
Alors, il semble que l’évolution nous a dotés d’une prédisposition à la crédulité.
Et cette prépondérance à la jobarderie a eu des effets secondaires: favoriser la socialisation et le regroupement. L’exploitation des peurs et des incertitudes par les autres est arrivée plus tard, mais fut incroyablement abusée. Et l’est toujours. Mais il nous faudra éventuellement voir la crédulité et la propension à croire, comme une faiblesse dont il faut se défaire. Un peu comme un appendice vermiculaire intellectuel.
Notre civilisation, quoiqu’imparfaite, est fondée sur l’objectivité, la connaissance et la science. Enlevez ceci et regardez ce qu’il reste. Pensez-y, pas grand-chose. L’Humanité n’a pu réellement prendre les premiers balbutiements de son essor que via la Science. Les croyances ne font que nous ramener dans la caverne dont nous tentons d’émerger.
Croire nous ramène à un monde d’histoires de peur, un univers incompréhensible où l’arbitraire règne et où nous abandonnons aux mains de manipulateurs cyniques ce que nous avons durement acquit comme connaissance de la réalité.
Croire est mauvais. Douter est bon. Voici un raisonnement nouveau.
En doutez-vous?
Je ne demande que le questionnement. Honnête.
Le débat fait rage depuis longtemps. Trop longtemps.
Il y a les témoins de Jéhova qui refusent les transfusions sanguines. Il y a les créationnistes qui nient un pan complet de la science moderne – la biologie et la génétique – malgré une quantité massive d’évidences. Il y a les nouvel-agistes qui chantent avec les longueurs d’onde des couleurs du chakra des plantes. Il y a ceux qui disent qu’avant c’était mieux. Et trop d’autres qui ne savent pas ou qui ne veulent pas prendre position. Dans ce capharnaüm, il faut respecter les couleurs, les pensées, les sentiments, les croyances, les superstitions, les cultures, etc.
Et bien soit! Let’s go! On respecte tout le monde. Mais pas à moitié, pas du bout des lèvres. On y va à fond. Sans demie-mesure. Et pour rendre la chose encore plus réelle, on va attribuer les budgets d’opération des organismes selon les choix réels des gens, pas selon leurs opinions. Car que vaut une opinion si elle n’est pas supportée par le geste.
Commençons par quelque chose qui est significatif. Je propose qu’on divise les hôpitaux en ailes diverses: « A », « B », « C »… Tu as un mal de tête chronique et tu te dis chamaniste? Parfait! Tu as le choix entre aller dans l’aile « A », en neurochirurgie passer un scan dans un appareil à résonance magnétique nucléaire après quoi un spécialiste analysera les résultats et proposera un diagnostique et une marche à suivre, ou tu peux aller dans l’aile « B », où un chaman dansera en tournant autour de toi tout en chantant des mots incompréhensibles et en brassant des osselets.
Tu es leucémique et Témoin de Jéhova? Pas de problème! Tu as le choix entre aller dans l’aile « A » pour une transfusion sanguine avec un phénotype compatible ou tu peux aller dans l’aile « C » où des personnes vont prier pour toi 24h sur 24 pour que Jéhova te guérisse.
Tu as des problèmes de vessie ou d’atroces souffrances à l’estomac et tu es nouvel-agiste? Ne t’en fais pas! Tu as le choix entre aller à l’aile « A » où on va t’examiner avec des ultra-sons et on va te donner un antidouleur en attendant de trouver ton problème ou tu peux aller dans l’aile « D » où on va réaligner tes chakras en calibrant les couleurs de ton âme avec des cristaux de quartz.
Tu as une infection qui s’envenime, mais tu es créationiste? On te respecte mon homme. Tu as le choix entre l’aile « A » ou on te donne un antibiotique et des vaccins ou tu peux aller dans l’aile « E » où une équipe spécialisée de prêtres vont prier le ti Jésus pour toi et vont te confesser pour absoudre tes péchés. Ils ont aussi un service gratuit d’exorcisme si tu veux.
Ah oui, en passant, tu décides pour ta petite personne seulement, pas pour tes enfants. Pour les enfants, c’est un comité de l’hôpital, composé des intervenants de toutes les ailes qui décident où ils vont se faire soigner.
Un moment donné, il y en a assez.
Faut juste être conséquent.
Puisqu’il faut respecter tout le monde. Puisqu’il faut respecter toutes les croyances, même les plus stupides et arriérées, alors soit. On va le faire, et jusqu’au bout.
Je me demande bien, dans un tel hôpital, quelle aile sera la plus fréquentée et qui recevra le plus de budgets opérationnels. Jusqu’où les croyances sont-elles ancrées. Laissons faire la sélection naturelle tout en donnant totalement priorité aux croyances des individus. Assez de niaisage. Tant qu’à respecter toutes les niaiseries, faisons-le jusqu’au bout.
Si tu choisis l’aile « A » au lieu de l’autre aile qui correspond à tes hallucinations, puisqu’une part équivalente du budget de l’hôpital ira dans cette aile, une part équivalente ira aussi dans l’éducation de tes enfants pour leur enseigner de façon cohérente les bienfaits de l’aile « A » – celle que tu as choisie. Faut être conséquent. Si tu veux qu’à tes enfants soit enseigné Jésus, va te faire soigner dans l’aile « E ». Parce que l’aile « A », c’est réservé au rationnel et à la Science – que tu rejettes en parole.
Tiens! j’ai comme l’impression qu’avec le temps, il n’y aura que des ailes « A »…
À moins qu’on limite le pouvoir et l’influence des niaiseries, croyances, superstitions et obscurantismes de toutes sorte, en commençant par réécrire le préambule de la charte canadienne des droits et libertés qui commence actuellement comme suit: « Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit »…
Il y a 700 ans, Dante ouvrait sa Divine Comédie comme suit:
J’étais au milieu de ma course,
et j’avais déjà perdu la bonne voie,
lorsque je me trouvai dans une forêt obscure,
dont le souvenir me trouble encore et m’épouvante.Certes, il serait dur de dire
quelle était cette forêt sauvage,
profonde et ténébreuse,
où j’ai tant éprouvé d’angoisses,
que la mort seule me sera plus amère:
mais c’est par ses âpres sentiers que je suis parvenu
à de hautes connaissances,
que je veux révéler,
en racontant les choses dont mon oeil fut témoin.Je ne puis rappeler le moment
où je m’engageai dans la forêt périlleuse,
tant ma léthargie fut profonde!
mais je marchais avec effroi dans des gorges obscures,
lorsque j’atteignis le pied d’une colline qui les terminait;
et, levant mes yeux en haut,
je vis que son front s’éclairait déjà des premiers rayons de l’astre
qui guide l’homme dans sa route.Alors mon sang,
qu’une nuit de détresse avait glacé,
se réchauffa dans mes veines;
et comme celui qui s’est échappé du naufrage,
et qui, tout haletant sur le bord de la mer,
y tourne encore les yeux et la contemple,
ainsi je m’arrêtai,
et j’osai sonder d’un oeil affaibli
ces profondeurs d’où jamais ne sortit un homme vivant.
Dès le départ, il donne le ton sur la crise existentielle qu’il vivait. À sa mie-vie, il avait perdu le chemin. Et ces vers marquent le début de l’enfer de Dante. Mais ces vers me résonnent. Ils me sont universels. Ils sont universels à tous ceux dont la recherche de soi demeure un appel lancé vers l’abysse et dont aucun écho ne revient.
La bonne voie à laquelle Dante réfère est aussi celle que je recherche. Que j’ai perdu et qu’il me faut retrouver. Mon réflexe est de tenter de retourner à ces moments où cette voie était claire et évidente: mon adolescence.
Alors, je regarde en arrière. Et je vois tous ces rêves et toutes ces aspirations; la plupart oubliés ou perdus. La vie nous bouffe comme elle bouffe tout j’imagine. Je revois qui je voulais être, non, qui j’aurais dû être. Et je constate que je suis passé à côté de cette vie de jadis, cette vie à vivre et pleine de promesse. Je voulais changer le monde, l’améliorer, le rendre meilleur, y contribuer. Et je me suis perdu en cours de route. J’ai dû confondre les étoiles et un réverbère comme disait Cabrel.
La seule solution qu’il me reste est de tenter de retrouver le signal en retournant le plus près possible de qui j’étais naguère. Mais enrichi, j’ose l’espérer, de tous ces heurts et toutes ces larmes qui ont fait croître en moi mon amour de l’être humain.
Ce soir je lisais un texte qui parlait de conserver deux listes à relire chaque matin: ce que je veux, et ce que je ne veux pas. Ces deux listes aident à prendre les décisions semble-t-il. Ou du moins, à savoir si on progresse dans la bonne direction de notre bonne voie comme l’appelait Dante. Après avoir gribouillé quelques items sur chacune des listes, j’ai réalisé que j’avais raté une sortie ou deux. Je me suis peut-être même engagé sur la mauvaise autoroute. Je n’ai pas zéro, mais des éléments essentiels sont manquants dans ma vie.
Le temps qu’il me reste à vivre est compté, comme chacun de nous, et la question est – la seule véritable question – de savoir ce que je fais du temps qui m’est imparti.
La colline dont parlait Dante représente l’état heureux auquel il aspirait. Il m’est souvenir, du fond de mon adolescence, que cette colline existe aussi pour moi. Puissé-je, un jour, la gravir pour y savourer les chauds rayons d’un soleil levant. Alors, j’écrirai, comme Dante, sur cette forêt obscure, et j’inscrirai un espoir de plus sur la fresque humaine. L’espoir qu’on peut survivre à la vie, et mourir heureux.








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