En cette soirée de Solstice, voici mon Manifesto personnel.
Je ne crois pas à l’astrologie, aux lignes de la main ou au tarot. Pour moi, l’aventure humaine dépasse de loin tous les modèles qu’on puisse en faire. Le sourire de mon voisin aura infiniment plus d’impact sur ma journée que l’effet gravitationnel d’une lointaine planète à l’heure de ma naissance et au moment présent. On n’emprisonne pas la complexité humaine en douze catégories.
Je ne crois pas au destin. Je crois que l’Univers est indifférent, qu’il n’y a pas de complot ou de conspiration personnelle. Ce serait bien agréable, j’en conviens, si j’avais un sens inné, hérité d’une vie antérieure ou d’un être supérieur. Mais je crois seulement en notre réalité, quoique ma compréhension en soit incomplète. Je crois que nous sommes privilégiés de simplement exister. Je crois qu’il est merveilleux de sentir la brise sur notre visage ou l’herbe sous nos pieds nus. Un lever de soleil m’émeut, comme tout être vivant qui cesse de vivre.
Je ne crois pas en Dieu, Zeus, Baâl, Odin, Amon-rê, Jupiter, Héra, Mout, Junon, Hermès, Psychopompe, Anubis, Mercure, Hélios, Rê-Atoum-Khépri, Phébus-Appollon, Artémis, Bastet, Diane, Aphrodite, Hathor, Vénus, Apollon, Horus, Apollon, Déméter, Isis, Cérès, Pan, Min, Faunus, Ilithyie, Nekhbet, Léto, Bouto, Latone, Hadès, Osiris, Pluton, Héphaïstos, Ptah, Vulcain, Thermoutis, Renenoutet, Dionysos, Sarapis, Bacchus, Typhon, Seth, Hermès, Trismégiste, Thot, Mercure, Arès, Montou, Mars, Cronos, Saturne, et tous les autres dieux de l’histoire, qu’ils soient d’actualité ou non. Nous sommes une étrange absurdité qui essaie de se donner un sens. Nous nous inventons des histoires et des dieux pour ce faire. Aussi réconfortant qu’une telle illusion puisse être, je choisis une réalité objective, observable, saisissable et non arbitraire, qui ne cesse de m’émerveiller et de m’être une source inépuisable d’inspiration. Ma transcendance s’effectue par la nature et par mes actes. Ainsi en est-il de mes malheurs, de mes élans et de mes rêves.
Je crois en l’amour, même s’il mène trop souvent à la douleur. Je crois en l’amour éros, philia, et l’agapê. J’espère croître en chacune de ces formes-ci, même si aujourd’hui, je n’en expérimente pas tous les acabits.
Je crois en la Vie même si elle doit se terminer. Même si la collaboration temporaire des milliards de cellules qui me composent va un jour cesser, j’aurai émergé de cette collaboration un bref instant, mon éternité personnelle.
Je crois en l’Art qui permet d’exprimer non seulement qui nous sommes, mais aussi nos aspirations, nos côtés noirs et nos défaites tout comme nos triomphes. L’art questionne et ne prend sens qu’à travers l’oeil de celui qui contemple. Je crois que l’Art est universel.
Je crois en la Science, défi et destination de l’humanité. Je crois qu’un jour nous comprendrons qui nous sommes. Nous éliminerons les superstitions et les peurs provenant de l’aube de l’humanité et nous parviendrons à un âge d’or ou la poésie et la connaissance seront indiscernables.
Je ne crois pas que notre Vie ne soit limitée d’aucune façon intrinsèque. Tout nous est possible. Tout nous est choix. Trop souvent nous nous imposons artificiellement des contraintes qui sont irréelles, de par une tare provenant de l’enfance, ou d’une blessure lointaine qui ne veut se cicatriser. Je crois que l’esprit humain peut guérir de tout, absolument tout. Même si j’ai moi-même mes blessures qui durent. J’ai confiance qu’un jour…
Je crois que l’Univers est infini, et que de ce fait, tous mes besoins de mystère et d’émerveillement trouveront écho. Je crois que nous sommes à la fois si insignifiants et si importants. En autant que nous le sachions, nous sommes la seule forme de conscience existant dans l’Univers. En ceci, nous sommes uniques et importants. La conscience, aussi subtile soit-elle, m’est l’ultime objet d’émerveillement. Que la poussière prenne conscience d’elle-même et des autres m’est sublime. Nous sommes ce par quoi l’Univers prend conscience de lui-même. En ceci, nous sommes tellement précieux.
Je crois en deux regards qui se croisent un bref instant et qui échangent leur essence. Je crois en l’amitié, aux rêves et aux espoirs. Deux solitudes qui partagent un bout de leur existence est ce qui, ultimement, rend la vie tolérable et lui donne ce fameux sens par lequel il devient possible de se réaliser. Je crois aussi en des regards qui se manquent de peu, ou qui se refusent. Je crois que shit happens quelquefois.
Je crois en qui nous sommes, ni plus, ni moins.
Je crois en l’être humain.
Je crois en moi.
Je crois en toi.
Paul vend des téléphones cellulaires, il a peu confiance en lui et semble plutôt timide. Il ose s’inscrire, en Angleterre, à cet espèce de concours de découverte de talents. Son rêve est de faire ce pour quoi il croit être né.
On lui demande ce qu’il va faire… il va chanter de l’opéra. De l’opéra! Les juges s’échangent quelques regards furtifs, le regardent en semblant se dire bon, un autre difficile moment à passer ou on devra lui dire de retourner chez lui, qu’il est pourri, qu’il n’a aucun talent. C’est vrai que ça ne doit pas toujours être facile.
Voici la performance de Paul:
J’aime le risque.
Et comme dessert, voici Connie, 6 ans.
Mise-à-jour (2007.06.15 18:00)
Notre ami Paul, en semi-finale.
Je fais de la photographie depuis quoi, 30 ans?
Je me souviens de mon premier appareil photo que j’ai eu – un Yashica TL-Electro. Un reflex. Je l’ai acheté de mon frère pour mon tout premier camp d’astronomie, alors que j’avais 11 ans. Au début, je faisais de l’astrophoto que je développais moi-même – j’ai même été publié. J’ai appris à propos des révélateurs, des bains d’arrêt, des fixateurs, du photoFlo… Combien de négatifs ai-je suspendu afin de les faire sécher? J’ai même failli perdre 80% de ma vision en me fabriquant une chambre noire chez moi… j’en ai encore une cicatrice sur la cornée que je vois encore aujourd’hui quand je regardes à travers un oculaire quelconque.
J’ai passé à travers plusieurs phases. Tout photographier. Photographier mes amis, même s’ils exécraient. La photo technique, pour la science, sur lesquelles on prenaient des mesures précises. La photo de mariage et de baptême, avec ses patterns connus et répétitifs. La photo de paysages, probablement celle à travers laquelle je me suis le plus réalisé. Pourquoi? C’est qui je suis au plus profond. J’ai toujours été émerveillé par la nature, de par le fait que mon esprit puisse à la fois regarder les étoiles y voyager par mon imagination tout en sentant directement et intensément la fraîcheur de l’herbe sous mes pieds nus. J’ai grandit entre l’herbe, le fleuve, la montagne et les étoiles, à Baie St-Paul. Pour moi, toutes les merveilles de la natures sont indissociables. Je ne peux concevoir un univers où tout n’est inter-relié. Et pour moi, photographier la nature et les paysages n’était pas photographier des montagnes inertes, sans âme et sans vie, mais photographier qui je suis, mon essence, mon être profond. En moi, j’ai toujours fait partie intégrante de mon environnement. Et la photographie n’en n’était qu’un moyen d’expression.
Il y eu cette phase famille où mes enfants étaient mes principaux sujets. Je crois que c’est par émerveillement encore qu’ils étaient au centre de mes préoccupations. Par émerveillement de l’émergence de l’individualité, de la conscience humaine, de la Vie, de l’existence.
Et maintenant, quelle est ma phase? Ma famille est plus derrière moi que par devant. Même chose pour les montagnes comme me le faisait remarquer François.
Je réalise que mes photographies sont maintenant beaucoup plus abstraites, plus épurées, plus minimalistes. Chaque photo m’est plus importante. Chaque photo m’est plus pensée et plus consciente. Que ce soit le Grand Canyon ou un simple geste, je prends plus de temps intérieur pour capturer l’instant, en post-processing ou en réel.
Je prépares une exposition – les 12 meilleures photos de ma vie (à date – car je prévois vivre pour un bout encore, n’en déplaise!
Je publierai ici les coordonnées espace-temps.
Et après? Après cette exposition?
Je suis conscient que mes photos sont dénuées d’êtres humains. Mon défi repose dans les portraits. Je ne sais pas photographier les êtres humains. Je ne me suis jamais permis de photographier librement l’essence d’un autre être humain – par pudeur sûrement. Oui j’ai quelques clichés volés ici et là, mais jamais en toute liberté. Pour moi, un portrait est une représentation de l’essence de qui nous sommes. Plusieurs photographes engagent des modèles – je le ferai éventuellement, mais je devrai m’asseoir avec un certain temps, histoire de le/la connaître, de connaître ses peurs et ses inspirations, ses désirs et des motivations, ses amours et ses douleurs. Mon focus ne se fait pas sur la pupille, mais à l’arrière de celle-ci. Je n’ai pas encore atteint ce stage. Un jour peut-être…
clic.


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